
Le président américain a promis de ramener l’Iran à «l’âge de pierre» en frappant Téhéran «extrêmement durement». En conséquence, les bourses, qui avaient bondi mercredi, ont dévissé jeudi. De son côté, le pétrole est reparti à la hausse
Les marchés boursiers ont replongé jeudi dans le rouge avec la même rapidité qu’ils avaient rebondi la veille, prenant au pied de la lettre un énième changement de ton du président américain Donald Trump au sujet de la guerre qu’il a lancée contre l’Iran. Déboussolé, New York a ouvert comme prévu en baisse: Nasdaq -1,67%, S&P 500 -1,22%, Dow Jones -1,27%.
En Europe, les Bourses s’apprêtaient également à fermer en recul à la veille d’un long week-end de Pâques jusqu’à mardi matin: Francfort reculait nettement (-2,31%), tout comme dans une moindre mesure Paris (-1,39%) et Milan (-1,86%), selon un pointage peu après 11h30 GMT. Soutenue par les titres des entreprises liées au pétrole, Londres limite les pertes à -0,51%.
Le WTI plus cher que le Brent
Car le pétrole est également reparti à la hausse après des propos de Donald Trump promettant de ramener l’Iran à «l’âge de pierre» en frappant Téhéran «extrêmement durement au cours des deux à trois prochaines semaines».
Référence du brut aux Etats-Unis, le WTI a crevé le plafond des 110 dollars le baril (113,35 dollars, 13,21 dollars). De manière inédite, le WTI vaut désormais plus cher que le Brent de la mer du Nord, qui progresse moins vite (109,55 dollars le baril, 8,19%).
«Le discours (de Trump) a semblé produire l’effet inverse de celui qu’attendaient les investisseurs: le pétrole est reparti à la hausse, les rendements obligataires ont grimpé et les marchés actions ont reculé», résume Matt Britzman, analyste senior pour l’entreprise financière britannique Hargreaves Lansdown. «Il s’ensuit un mouvement classique d’aversion au risque sur l’ensemble des classes d’actifs, les espoirs de nouveaux progrès vers une désescalade cédant la place à un regain d’incertitude», ajoute-t-il.
Le brouillard des déclarations contradictoires
Sur ce marché perdu dans le brouillard des déclarations contradictoires de Donald Trump, le champion du monde des gestionnaires d’actifs BlackRock cherche la bonne stratégie et les bonnes affaires. «Nous privilégions tout particulièrement ce que nous appelons l’électro-tech : les batteries, l’électronique de puissance et les moteurs électriques au cœur de l’IA, de l’énergie, des infrastructures et de la défense», lit-on dans les commentaires hebdomadaires de BlackRock.
Des analystes tentent de prendre du recul et de voir les évolutions à moyen terme. «Si les marchés semblent encore privilégier le scénario d’une perturbation temporaire, le risque est qu’ils soient bientôt contraints d’intégrer un scénario de conflit prolongé, aux conséquences économiques bien plus lourdes», relèvent Tiffany Wilding, économiste, et Andrew DeWitt, gérant de portefeuille, chez PIMCO.
«Notre scénario défavorable concernant l’évolution du conflit intègre une fermeture de trois mois du détroit d'Ormuz, suivie d’une réouverture progressive, des prix du pétrole atteignant en moyenne 100 USD/baril en 2026, une correction des marchés actions», ajoute l’agence de notation Fitch.
Les taux remontent
La perspective d’une poursuite de la guerre ravive la peur d’une inflation qui s’installerait dans l’économie mondiale, ce qui fait remonter les taux d’intérêt des dettes souveraines en Europe, après l’accalmie des derniers jours.
Le taux allemand, référence sur le continent européen, repassait jeudi la barre symbolique des 3,00%, à 3,03%, contre 2,98% la veille. Il a grimpé depuis le début du conflit à des sommets plus vus depuis 2011, alors qu’il atteignait environ 2,70% avant la guerre.
Son équivalent français atteignait lui 3,75%, contre 3,67% la veille, et 3,20% avant la guerre. Le taux d’intérêt italien prenait lui plus de 0,10 point de pourcentage, à 3,95% peu avant 14h00 GMT, contre 3,82% la veille.
Ces taux montent avec les risques d’inflation, car les créanciers demandent des garanties face à l’érosion de la valeur de leur capital prêté. Les investisseurs tablent en outre sur une politique monétaire des banques centrales plus restrictive, pour combattre cette inflation.
Le dollar repart lui aussi à la hausse jeudi (1,15 dollar pour un euro vers 11h30 GMT). Le billet vert bénéficie depuis le début de la guerre de son rôle de monnaie internationale dans le marché du pétrole, et du fait que les États-Unis sont davantage indépendants en matière énergétique, contrairement à l’Europe et à l’Asie.