
ÉDITORIAL. Devenu passionnel, le débat sur le renforcement des fonds propres de la grande banque ne doit pas nous faire perdre de vue le principal enjeu de ce dossier: l’amélioration de la surveillance des banques suisses d’importance systémique
Une mise en bouche. C’est ainsi que l’on peut qualifier l’examen lundi par la Commission de l’économie et des redevances du Conseil des Etats de la «Lex UBS» mitonnée par le Conseil fédéral. Son homologue de la Chambre basse prendra le relais avant de premiers débats en plénum qui promettent d’être agités.
Le projet préconise un renforcement des fonds propres de l’établissement. Devenu en 2023 la seule banque suisse d’importance systémique internationale, celui-ci devrait couvrir intégralement ses participations dans ses filiales étrangères. L’exigence est vivement contestée par la principale intéressée, qui argue que sa compétitivité sera considérablement entravée.
Lire aussi: Avec la Lex UBS, la Suisse évolue à contre-courant des Etats-Unis et de l’EuropeQuoi qu’il en soit, la ministre des Finances, Karin Keller-Sutter, avait de toute manière d’un point de vue tactique tout intérêt à proposer une mouture maximaliste, puisque le projet risque d’être modifié par le parlement. La prise en compte dans les fonds propres de première qualité d’autres titres tels que les obligations convertibles AT1 représente à cet égard un compromis digne d’intérêt.
Se donner les moyens de ses ambitions
Théâtral parce qu’il oppose la conseillère fédérale saint-galloise au directeur général d’UBS, Sergio Ermotti, deux personnalités au fort charisme, le tour de vis envisagé ne permettra pas à lui seul d’éviter une troisième débâcle bancaire d’envergure pour la Suisse du XXIe siècle.
D’un dispositif efficace de mise à disposition de liquidités aux banques en difficulté à la responsabilité individuelle des dirigeants, d’autres réformes en cours de discussion sont encore plus importantes. Sans parler de l’indispensable renforcement de la Finma. La commission d’enquête parlementaire a documenté de manière détaillée les nombreuses occasions manquées par les autorités de surveillance avant la triste fin de CREDIT SUISSE, faute de compétences claires et clairement définies.
Plusieurs de ces mesures sont déjà de mise dans des places financières concurrentes et il est indigne qu’un pays qui veut jouer les premiers rôles dans cette industrie ne s’en soit pas encore doté. Devenu passionnel, le débat sur le renforcement des fonds propres ne doit en aucun cas éclipser ces réformes cruciales, qui vont arriver prochainement sur le pupitre des parlementaires et seront également menacées d’édulcoration.
Alors que l’ère Ermotti touche à sa fin, une véritable professionnalisation de la surveillance des banques trop grandes pour faire faillite s’impose plus que jamais. UBS doit beaucoup au Tessinois, annoncé partant pour 2027. Et qui dit nouvelle gouvernance dit aussi nouveaux risques.