
CHRONIQUE. La guerre contre l’Iran a un impact planétaire et va pousser 32 millions de personnes dans la pauvreté selon l’ONU. La crise énergétique pourrait se transformer en crise alimentaire. Donald Trump pense que le temps joue pour lui pendant que les Etats-Unis s’endettent envers le monde
Les Etats-Unis passeront-ils à la caisse? Depuis deux mois, la planète paie le prix de la guerre israélo-américaine contre l’Iran dont l’effet immédiat, durable et prévisible a été le verrouillage du détroit d’Ormuz, artère vitale du marché énergétique. Cela se chiffre en dizaines de milliards de francs, bientôt en centaine de milliards pour l’économie mondiale. Pas un seul porte-monnaie n’est épargné par l’inflation, en particulier chez les plus pauvres. Le président des Etats-Unis affirme pourtant avoir tout le temps de résoudre cette crise, affolant un peu plus les cours du pétrole. Comme si le temps jouait en faveur de ses actions en bourse.
Le prix? En début de semaine, le ministre américain de la Guerre, Pete Hegseth, chiffrait lors d’une audition parlementaire le coût de l’opération en Iran à 25 milliards de dollars. Le chef du Pentagone ne parlait bien sûr que des dépenses militaires des Etats-Unis. Si les majors texanes du pétrole engrangent des bénéfices record, la majorité des citoyens américains, eux, en sont de leur poche. En France, le gouvernement indiquait la semaine dernière que cette guerre avait déjà coûté 6 milliards d’euros aux contribuables, dont 3,6 milliards imputés à la hausse des taux d’intérêt et de l’inflation. Berlin, dans le même temps, revoyait son taux de croissance pour 2026 – déjà anémique – à la baisse de 50%. Etc.
Les «voyous» d’aujourd’hui
Cela ne dit toujours rien des régions les plus touchées: le Proche-Orient, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Pour l’occasion, la Cnuced (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) a inauguré un instrument de mesure en direct de l’impact des conflits. Le «tableau de bord du détroit d’Ormuz» se base sur quatre indicateurs. Depuis le 27 février, veille de l’attaque, le transit maritime a chuté de 91,5%, le prix des denrées alimentaires de base a augmenté de 8,3% dans le monde, le prix du pétrole brut en Europe a augmenté de 63% et le cours des actions des marchés émergents est tombé à 0,5%.
Ces derniers jours, la Banque mondiale rappelait que 50% du commerce maritime mondial de soufre transite par le détroit d’Ormuz. Il en va de même pour 34% du commerce de pétrole brut, 29% du gaz de pétrole liquéfié, 19% du gaz naturel liquéfié, 19% des produits pétroliers raffinés, 13% des produits chimiques, y compris les engrais, et près de 10% de l’aluminium. «Il s’agit d’un point d’étranglement de l’économie mondiale. C’est un endroit où l’on ne déclenche une guerre qu’après avoir soigneusement pesé les objectifs, les moyens et les risques», commente Martin Wolf. Autrefois, les «voyous» étaient Saddam Hussein ou Vladimir Poutine. Aujourd’hui, ce sont Donald Trump et Benyamin Netanyahou, conclut le chroniqueur du Financial Times.
Après l’énergie, l’alimentation
«C’est le développement en marche arrière», confiait il y a quelques jours à l’AFP l’administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Alexander De Croo. Selon une étude présentée par l’ancien premier ministre belge, les conséquences de cette guerre après deux mois – même si celle-ci devait s’arrêter aujourd’hui – seront de pousser 32 millions de personnes dans la précarité dans 160 pays. L’inflation induite par ce conflit, après avoir frappé le secteur de l’énergie, va toucher celui de l’alimentation et enfin d’autres produits de nécessité, remarquait pour sa part le premier ministre singapourien Lawrence Wong dans son discours du 1er mai. L’impact de l’augmentation du prix des engrais sur les coûts de la nourriture se fera vraiment sentir à partir de la fin de cette année.
Chaque jour supplémentaire du blocus américain et du verrouillage iranien du détroit d’Ormuz accentue les effets à long terme de cette crise. Autrefois, Washington pouvait faire valoir son aide au développement comme palliatif aux conséquences de ses aventures militaires. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Quand les Etats-Unis nous indemniseront-ils?