
ÉDITORIAL. Contrairement à ce que laisse croire le miroir médiatique déformant, la vocation du Forum de Davos est avant tout économique. C’est pour ça que les Etats-Unis s’y intéressent tant et que la Suisse doit absolument le garder
Les personnes qui ont assisté jeudi au lancement du Conseil de la Paix de Donald Trump au Forum économique mondial (WEF) ont bien cru rêver. Tant le spectacle savamment mis en scène par l’ancienne bête de reality show était déplacé, cochant toutes les cases du mauvais goût et, n’ayons pas peur des mots, de l’indécence.
Vous peinerez peut-être à le croire, mais de nombreux participants à l’événement n’ont pas encore conscience que ce moment a existé. Car le WEF est protéiforme, le grand talent du fondateur de l’événement, Klaus Schwab, étant d’avoir réussi à concentrer durant quelques jours dans les montagnes grisonnes des animaux qui se côtoient peu le reste de l’année. Résultats: pendant que des centaines de personnes affluent dans l’auditorium du centre des congrès de Davos, d’autres suivent des sessions thématiques, histoire de tenter de comprendre un monde en profond bouleversement. Certains, enfin, enchaînent les rendez-vous pour nouer de précieux contacts et signer de juteux contrats.
Une inquiétante américanisation
Si vous avez un doute sur l’importance de l’adjectif «économique» dans le nom de l’événement, demandez-vous pourquoi au diable le cofondateur et président de BlackRock Larry Fink, premier gérant d’actifs au monde, a repris dans la précipitation un événement en pleine crise de gouvernance? En acceptant, qui plus est, d’en partager la présidence ad interim avec le philanthrope suisse André Hoffmann, tout acquis à la cause du développement durable. Pourquoi, aussi, se mettrait-il en quatre pour apporter sur un plateau à Davos le multimilliardaire Elon Musk, outrancier et outrageux symbole de la réussite à l’américaine? Un homme qui n’a jamais caché le dégoût que lui inspirait la bande de «wokistes» qui se réunissait chaque année dans les Alpes suisses pour tenter d’améliorer l’état du monde.
La réponse à ces interrogations est simple: parce que, contrairement à ce que le miroir déformant médiatique peut laisser penser, le WEF, c’est un endroit où l’on fait un peu de politique pour la galerie mais surtout beaucoup d’argent en coulisses. Ce n’est pas pour rien que les entreprises déboursent des mille et des cents pour être dans la station. Pas un hasard non plus si Donald Trump apprécie tant de s’y afficher.
Alors que des rumeurs de délocalisation de la réunion annuelle du WEF se font insistantes, l’organisation privée basée à Genève va devoir lutter pour garder son caractère suisse et européen. Car si les Etats-Unis n’ont pour l’heure pas fait main basse sur le Groenland, leur emprise sur l’événement a été si flagrante cette année qu’elle en est devenue dérangeante. Pourtant, le monde a plus que jamais besoin d’une plateforme d’échange agnostique. Et si les Américains ont indéniablement le sens des affaires, ils sont beaucoup moins doués pour insuffler l'«esprit de dialogue» à l’affiche de l’édition 2026.