
CHRONIQUE. La perception d’un Conseil fédéral condamné à enregistrer les desiderata des milieux économiques obéit à une réalité plus complexe. Elle oublie le peuple, qui conserve une position d’arbitre, et dont l’économie n’est pas à tous les coups l’unique bénéficiaire, écrit l’historien Olivier Meuwly
Le suspense était à son comble. Le Conseil fédéral avait affirmé sa volonté de durcir les règles en matière de fonds propres qu’il s’agissait d’imposer aux banques d’importance systémique ayant leur siège en Suisse: allait-il finir par céder? Les pressions d’UBS, directement visée par la nouvelle législation, contraindraient-elles le gouvernement fédéral à reculer? A la grande surprise de certains observateurs, entraînés par l’énergique détermination de la cheffe du Département fédéral des finances, les sept Sages ne se sont pas laissé impressionner.
Il est vrai que l’image d’un Conseil fédéral courtier des intérêts de l’économie privée, et surtout des grandes entreprises, est solidement ancrée dans l’imaginaire d’une partie de la population suisse. Est largement répandue la conviction que les parois entre le gouvernement, les bureaux des associations faîtières du patronat et ceux de la haute administration sont d’une extrême porosité, au strict bénéfice des intérêts des entreprises. L’ouvrage de Ludovic Iberg récemment publié chez Alphil sur le grand patronat suisse et l’Europe (1957-1984) reprend sans nuance cette thèse.
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