
ÉDITORIAL. Au moment de nommer le futur président de la Réserve fédérale, le président américain a bien compris qu’exceptionnellement il ne pouvait pas passer en force ou brandir des menaces. Les arguments avec beaucoup de zéros ont pesé
On le dit imprévisible, erratique et incapable d’écouter qui que ce soit. Mais en réalité, Donald Trump obéit souvent à une seule chose: les marchés financiers. Le président américain l’a encore montré ce vendredi en choisissant Kevin Warsh pour diriger la Réserve fédérale à partir de mi-mai.
Ce choix a valu quelques contorsions au président américain. D’un côté, il réclame à cor, à cri et avec menaces une baisse drastique des taux d’intérêt, afin de soutenir une économie américaine qui se porte plutôt bien. De l’autre, il nomme un partisan historique des taux plutôt élevés, afin de lutter contre l’inflation, qui reste supérieure à l’objectif de 2% de la Fed.
Mais Kevin Warsh s’est récemment aligné sur les positions de l’occupant de la Maison-Blanche, dans une sorte d’équilibre qui semble rassurer tout le monde. Le futur grand argentier américain sera favorable à des baisses de taux, mais sans exagérer et risquer de relancer l’inflation. Il est proche de Donald Trump, pour avoir été son conseiller économique et s’être montré critique envers la Fed, mais sans apparaître comme un lieutenant docile. C’est certainement ce qui lui a permis de remporter la course vers le sommet de la Réserve fédérale.
Quatre candidats en lice
Ce sprint a opposé quatre candidats, avec pas mal de rebondissements, alors que la dette publique, l’imprévisibilité du président américain et sa volonté d’influencer la Fed continuent à inquiéter les marchés.
Favori initial, le plus haut conseiller économique de l’administration, Kevin Hassett, a eu jusqu’à 85% de chances de l’emporter début décembre, lorsque Donald Trump l’a présenté comme «président potentiel de la Fed». Des plateformes de prédiction financière permettent de suivre en direct les cotes des différents candidats. Mais sa trop grande proximité avec l’occupant de la Maison-Blanche lui a été fatale.
Le financier Rick Rieder a alors eu les faveurs des observateurs, avec son profil de spécialiste de l’obligataire, une activité dont il est responsable chez BlackRock, le plus grand gérant d’actifs du monde. De quoi apaiser les marchés et lui permettre de passer l’encolure le 23 janvier. Mais sa connivence supposée avec Wall Street explique probablement sa perte de vitesse.
Rattrapé le 28 janvier par Kevin Warsh, il s’est fait instantanément distancer, n’affichant plus que 8,5% de chances d’être nommé le lendemain, contre 85% pour le futur vainqueur, vu comme plus ouvert à des baisses de taux.
Dans cette histoire, Donald Trump a bien compris que, pour une fois, il ne pouvait pas passer en force. Placer un béni-oui-oui à la tête de la Réserve fédérale aurait fâché les marchés obligataires, qui le lui auraient fait payer en augmentant le coût de la dette américaine, déjà de 1000 à 1200 milliards de dollars cette année. Comme quoi, le président américain peut être sensible aux arguments affichant beaucoup de zéros.