Crise au Moyen-Orient: les scénarios possibles pour les marchés financiersLe conflit au Moyen-Orient risque de ralentir la croissance mondiale et d’accélérer l’inflation, selon l’évolution de la crise. Qui pourrait se diriger vers un chaos à la libyenne, une guerre d’usure ou la destruction des installations pétrolières des pays voisins Après avoir ouvert en baisse, la bourse américaine était stable lundi vers 18h30, heure suisse, à mi-chemin de sa première séance depuis le début de l’affrontement militaire entre l’Iran et les Etats-Unis et Israël. Les marchés européens ont clôturé sur des baisses de 1,2 à 2,6%, avec un repli de 1,29% pour l’indice SMI suisse. Tandis que l’or a brièvement dépassé 5400 dollars l’once, le pétrole, au centre de toutes les réflexions, a connu sa plus forte progression en quatre ans. Le Brent valait 77,35 dollars vers 18h00 ( 7,31%) et le WTI 70,82 dollars ( 5,67%). Les contrats à terme sur le gaz ont bondi de près de 50% en Europe. Le dollar était orienté à la hausse, face à l’euro, au yen et au franc suisse ( 1,44% vers 17h30). Si les investisseurs ont réagi de manière relativement modérée ce lundi, c’est que l’ampleur et la durée du choc sur les prix pétroliers ne sont pas claires à ce stade. Plusieurs scénarios se dessinent, sur le conflit comme pour les marchés financiers. Chaos à la libyenneLe premier est celui d’une escalade limitée, entraînant une hausse modeste du prix du baril. Privilégié par Samy Chaar, de Lombard Odier, ce développement lui paraît plus probable que celui d’une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz et d’une confrontation armée intense, qui augmenterait le prix de l’or noir de 50 dollars, pénaliserait la croissance et attiserait l’inflation dans les pays émergents. Dans les deux cas, l’économiste s’attend à un retour à la normale du cours du pétrole après six mois. Le scénario à craindre est celui du chaos, analogue à ce qui a suivi la chute de Kadhafi en Libye, avec une possible guerre civile et une instabilité de plusieurs années. Cette voie, à qui Michaël Nizard et Nabil Milali, d’Edmond de Rothschild AM, attribuent une probabilité de 20%, engendrerait un pétrole durablement plus cher, «avec un risque non négligeable de nouvelle spirale inflationniste». La hausse des taux d’intérêt qui s’ensuivrait probablement pourrait même compliquer les émissions de dette par les acteurs de l’IA, appelées à fortement progresser ces deux prochaines années pour financer leurs investissements. Le prix de l’essence américainJugée plus plausible (50% de probabilité), une guerre d’usure pourrait durer quelques mois avec un régime iranien se montrant plus résilient que prévu. Donald Trump y mettrait fin pour éviter une hausse du prix de l’essence juste avant les élections de mi-mandat, en novembre. Les cours du brut baisseraient sans pour autant revenir à leur niveau d’avant la crise, ce qui soutiendrait les marchés financiers, anticipent les deux spécialistes. Leur troisième scénario (30% de chances) est celui d’un changement de régime à Téhéran, vers une transition démocratique ou un modèle autoritaire mais plus conciliant envers Washington. Non seulement le pétrole chuterait massivement et les investisseurs reprendraient le goût du risque, mais le Moyen-Orient deviendrait beaucoup plus attractif pour les investissements étrangers. En attendant qu’une de ces pistes se matérialise, l’histoire montre que les marchés financiers «ignorent généralement les événements géopolitiques, à moins qu’ils ne modifient considérablement les fondamentaux économiques», en particulier l’offre et la demande de pétrole, ainsi que les dynamiques inflationnistes, analyse Paul Jackson, d’Invesco. Le précédent de la guerre du KippourCe fut le cas en 1973 lors de la guerre du Kippour et en 2022 à la suite du conflit entre la Russie et l’Ukraine. L’offre de brut fut restreinte au niveau mondial, créant un pic inflationniste et une baisse des actifs financiers risqués (qui, en 2022, se sont redressés rapidement). A l’inverse, l’invasion du Koweït par Saddam Hussein en 1990 et l’invasion américaine en Irak de 2003 n’ont pas affecté l’offre de brut. Paul Jackson voit lui aussi quatre scénarios. Le plus probable, selon l’économiste anglais: une perturbation des capacités militaires iraniennes (40% de chances), mais pas des installations pétrolières du pays, ouvrirait la porte à un reflux du prix du brut à court terme. D’autant plus que les pays du groupe OPEP ont annoncé dimanche une hausse plus forte que prévu de leur production. Si le complexe pétrolier iranien est affecté par le conflit (10% de probabilité), le baril augmenterait de manière contenue, l’Iran ne fournissant que 3% de la production mondiale et en grande partie en direction de la Chine. Les Etats-Unis et Israël ont peu d’intérêt à provoquer une hausse massive du brut à la suite d’un bombardement des pipelines ou des terminaux iraniens. Blocage à cause du prix de l’assuranceTroisième développement possible, des frappes iraniennes sur les installations pétrolières des pays voisins, en particulier en Arabie saoudite (20% de chances), rappelleraient les attaques par drones sur le gisement d’Abqaïq de 2019. Quelque 7% de la production mondiale avaient momentanément été retirés du marché, provoquant un pic de 15% du prix du Brent, mais les Saoudiens avaient rapidement réparé les dégâts. Leur capacité à en faire de même aujourd’hui, selon l’ampleur d’éventuelles attaques, constitue leur point d’interrogation dans ce scénario. La variante la plus inquiétante implique une restriction marquée du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz (30% de probabilité), pas forcément à cause d’un blocage physique, mais peut-être seulement via une explosion des primes d’assurance pour les navires (une hausse de 50% est envisagée dans les prochains jours). L’offre d’hydrocarbures pénaliserait le plus les pays asiatiques. Faute d’alternative au détroit d’Ormuz, observer le nombre de cargos dans la zone sera crucial pour les marchés pétroliers dans les prochains jours. Le S&P 500, relativement insensible aux chocs géopolitiquesLes épisodes de conflit au Moyen-Orient ont historiquement peu pesé sur les bourses américaines, à moins qu’ils aient été associés à des chocs pétroliers durables. Depuis le milieu du XXe siècle, l’indice S&P 500 a baissé en moyenne d’un maximum d’environ 10% pendant trente-sept jours, relève Arthur Jurus, d’Oddo BHF. L’impact de ces événements géopolitiques s’est révélé transitoire dans 80% des cas, l’indice progressant en moyenne de 14% dans les douze mois suivant ce genre de choc (avec un record à 35% un an après les attaques du 7 octobre 2023 en Israël). L’élément déterminant reste l’effet de ces conflits sur le pétrole et l’inflation, résume l’économiste. Si l’impact de la guerre des Six-Jours de 1967 a été limité et transitoire, la guerre du Kippour de 1973 a été suivie par une phase de stagflation et une chute durable des marchés, à cause de l’embargo pétrolier et du premier choc énergétique. Le S&P 500 avait alors mis plusieurs années à retrouver ses niveaux antérieurs. La guerre Iran-Irak de 1980 et le second choc pétrolier ont pesé sur les actions dans un premier temps, avant que la désinflation et le passage à une politique restrictive pour lutter contre l’inflation aux Etats-Unis ne soutiennent un «puissant» cycle boursier haussier. L’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 a provoqué une brève baisse initiale, suivie d’un rebond rapide, tandis que la guerre d’Irak de 2003 s’est accompagnée d’une reprise boursière, rappelle encore Arthur Jurus. (SRu) Lundi 02 mars 2026, 21h30 - LIRE LA SUITE
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