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Source : LeTemps.ch - il y a 10 jour(s)

Investir dans les marchés émergents: un choix pragmatique et pertinent?

Les investissements dans les pays émergents ne constituent plus un pari risqué. En Chine et en Inde, notamment, une nouvelle maturité économique se fait jour, qui pourrait surpasser l’Occident en termes de dynamisme et d’innovation

La situation a bien changé. Autrefois, les investissements dans les pays émergents constituaient un pari risqué sur la croissance rapide de quelques rares économies développées. Or, de nos jours, les nations industrialisées occidentales se montrent de moins en moins capables de mettre en œuvre des réformes et luttent contre une stagnation menaçante. En revanche, les marchés émergents peuvent se targuer d’une croissance économique durable. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la Chine atteindra cette année une croissance réelle de 4,4%, l’Inde, l’Indonésie et le Vietnam jusqu’à 5 ou 7% et le Brésil tout de même 2%.

Ces croissances robustes ne reposent plus pour l’essentiel sur un effet de base, soit sur le fait qu’on atteint des taux de croissance plus élevés en partant d’un bas niveau. L’économie chinoise représente désormais quatre fois celle de l’Allemagne et, sur le plan technologique, la Chine dépasse bien des pays de l’Occident. Notamment dans des secteurs tels que les voitures électriques, les technologies de l’information et la robotique. En plus, avec la guerre au Moyen-Orient les marchés d’actions des marchés émergents affichent une nouvelle caractéristique inattendue: ils sont stables.

D’une part, aux yeux des investisseurs, le dollar et les Etats-Unis perdent en crédibilité à cause du comportement erratique du gouvernement Trump et de son excès d’endettement. D’autre part, beaucoup de ces Etats en développement sont fort éloignés des foyers de tensions géopolitiques et possèdent les produits dont les pays développés ont un urgent besoin: engrais, énergie, matières premières, mais aussi des technologies telles que les semi-conducteurs. En général, les problèmes des pays développés tels que le vieillissement, une croissance atone, l’indolence et le surendettement sont moins présents sur ces marchés. De façon générale, la croissance économique globale repose sur une assise plus large et ne dépend plus des Etats industrialisés de l’Ouest.

Un choix vaste et compliqué

Cela dit, il existe d’importantes nuances entre Etats émergents. Et même de grandes différences en termes de niveau de développement, d’orientation de l’économie et de stade auquel se trouve tel ou tel pays dans le cycle conjoncturel. C’est ainsi que l’on classe souvent parmi les pays émergents la Corée du Sud, un Etat qui rivalise pourtant allègrement avec l’Europe occidentale en termes de progrès et de ressort économique. Et la Chine – qui serait déjà, selon certains, la première puissance économique du monde – joue toujours dans cette catégorie pour ce qui est des produits d’investissement.

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Pour les investisseurs dans les marchés émergents, de nouveaux critères de choix se sont ajoutés ces dernières années. Selon Luca Bindelli, responsable de la stratégie d’investissement chez Lombard Odier, les investisseurs dans les pays émergents mettent l’accent sur l’aptitude à encaisser des chocs et la croissance nominale. «Les pays émergents les plus attrayants pour les investissements présentent en général une balance extérieure solide, des réserves de devises en suffisance et des conditions-cadres politiques fiables, en mesure de maîtriser l’inflation et les flux de capitaux.» En outre, un approvisionnement sûr en énergie, que ce soit par des ressources autochtones, des réserves stratégiques ou les énergies renouvelables, contribue à limiter la sensibilité aux fluctuations de prix.

En règle générale, un prix élevé du pétrole et un cours élevé du dollar pèsent sur les marchés émergents, car la plupart d’entre eux doivent importer le pétrole brut et le payer en dollars. Et l’endettement se compte en général également en dollars. La récente et durable faiblesse affichée par le dollar procure à ces Etats une marge de manœuvre accrue. L’argent qui n’est pas consacré au service de la dette arrose les marchés locaux et octroie davantage de marge aux banques centrales.

Le rôle du pétrole

«Côté pétrole, tout dépend si un pays est importateur ou exportateur. L’Inde, la Turquie, les Philippines ou une partie de l’Europe de l’Est pâtissent d’un pétrole cher», explique Maurizio Porfiri, directeur des investissements chez Maverix Securities. La récente faiblesse de la roupie indienne illustre bien ces mécanismes. Des prix plus élevés pour le pétrole ont accru la demande de dollars, détérioré la balance des opérations courantes et affecté la croissance et l’inflation. Pour notre expert, la combinaison entre prix élevé de l’or noir et dominance du dollar se révèle en revanche une bonne affaire: «Les pays du Moyen-Orient ainsi que les producteurs du Brésil, du Mexique et du Kazakhstan profitent des recettes en dollars, tandis qu’un dollar affaibli améliore leurs conditions de financement.»

Lire aussi: Les avantages des marchés d’actions des pays émergents

En raison de la persistance des troubles géopolitiques et des développements de politique intérieure aux Etats-Unis, nombre d’observateurs des marchés s’attendent à un déplacement de la puissance économique. «Nous ne supputons certes pas que les Etats-Unis soient remplacés mais que le monde devienne plus multipolaire. Vu leur marché des capitaux, leur technologie, leur puissance militaire et la force du dollar, les Etats-Unis demeureront la principale puissance économique mondiale», estime Maurizio Porfiri. Surtout, il n’existe aucune vraie alternative au dollar. Selon l’expert de Maverix, un véritable report se produit au bénéfice des marchés émergents. «L’Inde, l’Indonésie, le Mexique, le Vietnam, l’Arabie saoudite et le Brésil gagnent du terrain stratégique. Ils profitent du nearshoring, des matières premières, de la démographie, de l’approvisionnement énergétique et de leur indépendance par rapport aux grands blocs.»

Dans la situation géopolitique incertaine que nous vivons, avec des prix de l’énergie en constante hausse, la demande accrue de matières premières et des chaînes d’approvisionnement sujettes aux ruptures, quels sont les marchés émergents attrayants pour les investisseurs? Dans le contexte actuel, Lombard Odier privilégie les pays émergents qui jouissent à la fois d’une sécurité de leur approvisionnement en énergie, d’une exposition aux matières premières et de bonnes prévisions de rendement pour les entreprises. «Grâce à ses réserves d’énergie stratégiques, ses capacités en matière d’énergies renouvelables et une balance commerciale excédentaire, la Chine se démarque, constate Luca Bindelli. Elle est donc bien mieux protégée que beaucoup d’autres pays contre un choc dans les énergies.»

La Corée du Sud, ajoute-t-il, bénéficie de son rôle central dans les chaînes d’approvisionnement en technologies globales et en semi-conducteurs, de sorte que les investissements dans l’intelligence artificielle se traduisent par une puissante dynamique de gains. Les exportateurs de matières premières comme l’Afrique du Sud sont également bien lotis car la demande mondiale de ressources demeure forte, tandis que les importateurs d’énergie tendent à être plus affectés par les prix élevés du pétrole et par l’inflation.

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Instruments standards: les fonds indiciels

Mais comment investir dans cet univers hétérogène? Pour des placements sur des marchés financiers dont les investisseurs ne connaissent qu’à peine la structure, les fonds indiciels cotés en bourse (Exchange Traded Funds, ETF) se révèlent un produit commode. Le MSCI Emerging Markets Index, qui sert d’indicateur pour nombre d’ETF, comprend vingt-quatre pays. On s’étonnera peut-être d’y trouver des pays européens comme la Grèce, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque (la Russie y figurait aussi jusqu’à l’invasion de l’Ukraine). Mais ce sont des entreprises de Chine, de Taïwan et d’Inde qui pèsent les deux tiers du poids de l’indice. On trouve par ailleurs une quantité d’autres indices diversement structurés.

La Corée du Sud a un statut particulier: bien des prestataires la comptent encore au nombre des pays émergents, d’autres pas. Cela fait une grande différence parce que la Corée du Sud est un marché important, notamment en termes de technologies. «A notre avis, il convient d’examiner comment l’indice est structuré. Il y a une grosse différence selon que quelques très grandes entreprises y figurent ou que l’argent est très largement réparti. Il importe également de vérifier si certains pays comme la Chine, Taïwan, l’Inde, la Corée du Sud ou le Brésil sont fortement représentés dans l’ETF. Pareil pour les secteurs: bien des indices de pays émergents sont fortement investis dans les technologies, les valeurs financières et les matières premières», met en garde Giovanna Cilia, experte ès ETF chez Franklin Templeton Switzerland.

Dans le contexte actuel, Franklin Templeton privilégie des pays émergents qui réunissent à la fois une grande sécurité de l’approvisionnement en énergie, une exposition aux matières premières et une bonne prévision de rendement pour les entreprises. «La Chine sort du lot grâce à ses réserves d’énergies stratégiques, ses capacités en matière d’énergies renouvelables et sa balance commerciale durablement excédentaire, ce qui la protège mieux que tant d’autres pays contre les chocs dans le domaine de l’énergie», commente Giovanna Cilia.

A quels rendements les investisseurs peuvent-ils s’attendre sur ces marchés «exotiques»? Pour le MSCI Emerging Markets Index, Giovanna Cilia s’attend à un rendement de 12 à 13% sur les douze mois à venir. «Le risque accru qui caractérise les placements dans des actions de pays émergents est justifié, compte tenu de leur fort taux de décote et de leur dynamique de gain plus forte que celle des pays industrialisés», estime-t-elle.

Lire aussi: Investir à l’heure du far west géopolitique

Cela dit, mieux vaut ne pas être trop euphorique lorsqu’on mise sur les pays émergents. L’évolution politique ne fait souvent pas jeu égal avec la croissance économique. Le Brésil et l’Inde sont certes des démocraties, mais les deux pays ont récemment montré qu’ils étaient sensibles aux turbulences politico-économiques et aux conflits militaires. Quand on considère le succès économique de la Chine, on oublie souvent que si l’économie de ce pays fonctionne sur le modèle capitaliste, elle vit sous la férule communiste. En arrêtant des chefs d’entreprise prospères ou en intervenant sur le marché immobilier, le Parti montre qu’il n’est pas prêt à céder le pouvoir. Et Pékin n’abandonne pas le projet de ramener dans son giron la prospère Taïwan, considérée comme une province dissidente. Pour l’économie de la planète, un tel scénario serait un désastre.


Mardi 09 juin 2026, 10h31 - LIRE LA SUITE
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