
EDITORIAL. Le débat sur le nucléaire se ravive alors que les cours du pétrole et du gaz flambent. L’atome ne doit toutefois pas représenter un écran de fumée destiné à nous soustraire à nos devoirs énergétiques
Le Conseil des Etats a entrouvert mercredi la porte au retour du nucléaire en acceptant la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales. La balle est dans le camp du National, avec un débat qui promet d’être enflammé. Il pourrait bien être à nouveau tranché dans les urnes par le peuple, qui avait enterré le nucléaire en 2017.
Dire que le monde a changé depuis est un doux euphémisme, raison pour laquelle il est légitime que l’atome ne soit pas un tabou. N’en déplaise à ses opposants, qui brandissent entre autres les coûts et la sécurité comme arguments, le nucléaire présente un bilan carbone bien plus avantageux que les hydrocarbures.
En Suisse, cette source d’énergie représentait encore 28% de la production d’électricité en 2024et elle ne sera pas remplacée d’un coup de baguette magique. Elle figure toutefois loin derrière l’énergie hydraulique qui, via des centrales à accumulation ou au fil de l’eau, est à l’origine de près de 60% de l’électricité produite.
L’eau et le vent
Une table ronde organisée en 2021 – alors qu’émergeaient les premières inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique en Suisse – avait identifié une quinzaine de projets prioritaires pour augmenter le potentiel de production hydraulique. D’abord estimé à 2 térawattheures (TWh), celui-ci a été revu à la baisse l’an dernier. Les autorités ne misent plus que sur 1 à 1,5 TWh d’ici à 2040.
La création d’un nouveau lac d’accumulation à Gornerli ou le rehaussement des barrages d’Emosson et de Moiry seront-ils réalités d’ici là en Valais? Rien n’est moins sûr, car, même si les procédures vont être simplifiées, la Suisse ne va pas se transformer en dictature pour autant.
Même si ce potentiel venait à être déverrouillé dans les temps, la nouvelle manne énergétique ne suffira pas à assouvir les besoins de la population et de l’économie, surtout en hiver quand l’ensoleillement est faible. A cet égard, les éoliennes représentent un complément idéal mais se heurtent systématiquement à des oppositions qui paralysent les projets. Ces écueils, les promoteurs d’une nouvelle centrale nucléaire les trouveront assurément aussi sur leur chemin.
Malgré l’adversité, l’eau et le vent restent donc à court terme les meilleures options pour maximiser l’indépendance énergétique de la Suisse, et le débat parlementaire sur le nucléaire n’y changera rien. S’il est souhaitable, il faut à tout prix éviter qu’il ne devienne un écran de fumée destiné à empêcher la Suisse de faire ses devoirs, d’autant plus que l’uranium ne tombe pas plus du ciel que le pétrole et le gaz.
En attendant, n’oubliez pas de mettre le couvercle sur votre casserole, comme disait l’autre en 2022, lors de la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine. Cela vous fera économiser de l’énergie et de l’argent.