
CHRONIQUE. Les Suisses ont des enfants de plus en plus tard et en plus petit nombre. Par ailleurs, un écart persiste entre le désir d’enfants et le nombre réel de naissances. Dans «Défécondité. Ses raisons, sa déraison», Olivier Rey livre des pistes
En devenant récemment papa, j’ai remarqué que parmi mes amis de mon âge, j’étais plus l’exception que la règle. Mais peut-être est-ce juste que j’ai un entourage peu représentatif du pays. Pour résoudre cette énigme, il existe une piste: le site de l’Office fédéral des statistiques. Voici ce que disent les chiffres: en Suisse, les femmes ont leur premier enfant en moyenne à 31,3 ans et les hommes à 35,3 ans. Quand on demande aux Suisses s’ils souhaitent des enfants, ils répondent en majorité que oui: 53% des personnes âgées de 20 à 29 ans souhaitent en avoir deux, 5% un seul et 17% aucun. Mais entre les souhaits et la réalité, un fossé existe. Alors que seuls 5% veulent un enfant unique, à la fin, 17% en ont un. Par ailleurs, la proportion de personnes sans enfant est supérieure de dix points à celle de ceux qui déclarent ne pas en vouloir. Aujourd’hui, près d’un tiers des Suisses en âge d’en avoir n’ont pas d’enfants.
Cette salade de chiffres pour vous dire qu’effectivement les gens ont désormais des enfants tard, moins que ce qu’ils pensaient et que cette réalité a une conséquence démographique. Avec environ 1,3 enfant par femme, la Suisse est largement sous le seuil de remplacement de sa population. Autrement dit, sans immigration, à terme, la Suisse va se vider. En attendant, elle se transforme en pays vieillissant. Les balançoires de nos places de jeux vont se clairsemer, et nos homes se remplir. La Suisse n’est pas seule dans ce cas. Selon le statisticien suédois Hans Rosling, nous avons atteint en 2017 le peak child, soit le pic mondial du nombre d’enfants.
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