
Les prochaines entrées en bourse de SpaceX, Anthropic ou OpenAI arrivent sur fond de crainte de bulle sur l’IA, de tensions géopolitiques et d’un possible choc inflationniste. Mais les investisseurs ont tout intérêt à maintenir le cap
Depuis le début de l’année, les marchés financiers sont régulièrement secoués par de nouvelles sources d’inquiétude, qui sont toutefois restées sans conséquences négatives significatives. Dernière en date après la succession de craintes géopolitiques et macroéconomiques relatives à un potentiel choc inflationniste, la possibilité d’une bulle liée à l’IA, alimentée par la récente vague d’introductions en bourse (IPO – Initial Public Offering) impliquant des titans tels que SpaceX, Anthropic et OpenAI. Combinée à la hausse de 10% de l’indice phare américain S&P 500 depuis le début de l’année, s’agit-il de la goutte de trop?
Une activité soutenue d’IPO est souvent interprétée comme un signal d’exubérance sur les marchés financiers et a, par le passé, coïncidé avec des pics de valorisation des actions. Ce fut notamment le cas à l’approche de la bulle des dotcoms en 1999-2000 et, dans une moindre mesure, en 2021, juste avant le repli boursier de 2022.
Exubérance exacerbée
Toutefois, les nombreuses IPO observées depuis début 2026 succèdent à cinq ans de disette. Aux Etats-Unis, plus de 40 nouveaux listings, déjà depuis le début de l’année, marquent un plus haut depuis 2021, tout en restant en ligne avec la moyenne historique de quelque 100 IPO annuelles. Ces volumes demeurent inférieurs aux 250 IPO de 2021 et aux 400 de 1999, deux périodes ayant précédé des corrections boursières.
Que les IPO se produisent dans un contexte d’optimisme exacerbé n’a rien d’inhabituel. En effet, les données montrent que les actions nouvellement cotées sous-performent le marché en moyenne de 21% sur les trois premières années après leur introduction en bourse. Compte tenu de la taille estimée des nouveaux arrivants qui se compte en milliers de milliards de dollars, l’inquiétude quant à leur potentiel impact sur les indices boursiers qui les incluraient est légitime – surtout si leur performance devait décevoir.
L’inclusion dans les indices boursiers de référence est à double tranchant pour les investisseurs. D’un côté, elle soutient la demande de la part des investisseurs passifs qui suivent la composition d’un indice de référence. Cependant, en cas de sous-performance, l’inclusion rapide peut diffuser la baisse de valeur du cours des nouveaux composants au reste de l’indice. Alors que Nasdaq 100 et FTSE Russell ont adapté leurs règles pour inclure les nouveaux arrivants dans les cinq à quinze jours qui suivent leur entrée en bourse, S&P Dow Jones Indices a décidé de ne pas assouplir ses critères, un choix rassurant.
Trop d’actions
Deuxième point de vigilance: l’activité de rachats d’actions par les entreprises est au plus bas. Il pourrait en résulter une offre excédentaire temporaire d’actions si la demande fléchit. Ce phénomène renvoie aux conditions de liquidité globale. Un resserrement des conditions financières provoqué par des hausses de taux d’intérêt constituerait un catalyseur de performances négatives dans le marché plus large.
A l’inverse, en l’absence d’un durcissement monétaire de la Réserve fédérale sur fond d’attentes inflationnistes accrues, les conditions demeurent réunies pour permettre aux bénéfices très solides de continuer à dicter une météorologie boursière favorable. Les développements récents au Moyen-Orient suggèrent une résolution du conflit, ce qui devrait ouvrir la voie à une reprise graduelle des flux via le détroit d’Ormuz. La baisse des cours du pétrole contribuerait alors à détendre les anticipations d’inflation et de taux directeurs.
En matière d’investissement, le maintien du cap face aux incertitudes, la discipline et la vigilance portent leurs fruits. En l’absence d’une récession américaine ou d’un cycle de resserrement monétaire provoquant des défauts d’entreprises, de corrections immobilières ou d’une instabilité du système financier, la stratégie optimale pour les investisseurs reste une politique d’investissement adaptée à la fois à leur tolérance au risque et à leurs objectifs de long terme.
Depuis les années 1990, traverser la volatilité s’est en effet avéré bien plus rémunérateur que de tenter de l’éviter. Les investisseurs qui auraient attendu une correction en restant investis dans des instruments monétaires à court terme auraient sous-performé ceux qui auraient investi dans le S&P 500 au début de l’année en question.
Retour des valeurs émergentes
Globalement, les marchés financiers reflètent les fondamentaux: ils sont ancrés dans l’économie et les bénéfices. En dehors des récessions, les profits des entreprises tendent à croître structurellement. Rester investi demeure dès lors la meilleure stratégie. Au-delà du marché américain et du secteur technologique, 2026 marque le retour en force des actions émergentes, portées par d’excellentes tendances bénéficiaires. Avec leurs valorisations nettement plus attrayantes que celles de leurs homologues des marchés développées, les valeurs émergentes restent très convaincantes, tout comme les obligations des marchés émergents, qui offrent aux investisseurs les taux de rendement les plus élevés actuellement. Intégrés à des portefeuilles par ailleurs bien diversifiés, les actifs émergents devraient permettre d’en maximiser la performance.