
CHRONIQUE. L’Europe ne manque pas d’argent pour innover. Elle le dépense mal. En comparant les stratégies industrielles, cette chronique montre comment le réflexe égalitariste du Vieux-Continent l’empêche de miser sur ses véritables relais de croissance
Dans la précédente chronique, nous avons présenté les chiffres qui documentent le décrochage de l’Europe. Ce constat a longtemps fait l’objet de débats controversés. D’un côté, ceux qui tiraient la sonnette d’alarme, comme les Nobel d’économie Jean Tirole ou Philippe Aghion. De l’autre, Paul Krugman, également Nobel, qui jugeait le déclin largement fantasmé. L’Histoire semble donner raison au premier camp. Désormais, le débat se déplace vers les solutions pour remédier à l’inquiétante dérive européenne.
Dans son ouvrage La Prospérité retrouvée, l’économiste Bergeaud explique le décrochage européen notamment par une «trappe à technologie de milieu de gamme»: une économie à la base industrielle robuste, mais incapable de franchir le cap de l’innovation de rupture. L’Europe investit ainsi massivement dans ce qu’elle a su faire, et beaucoup moins dans ce qu’elle pourrait savoir faire un jour. Les Etats-Unis suivent la trajectoire inverse. C’est ce qui explique qu’ils ont vu en vingt ans émerger une foule de nouvelles entreprises technologiques et de personnalités qui se placent aux premières places des classements de la richesse, pendant qu’en Europe les entreprises qui dominaient au début du siècle sont toujours les mêmes que celles qui font la course en tête aujourd’hui. Le monde change, parfois brutalement, sauf l’Europe. Or comme le rappelle Bergeaud, c’est le développement de nouveaux secteurs d’activité et de nouveaux produits et services qui fait l’essentiel de la croissance.
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