
ÉDITORIAL. Les fonds de «private equity» disposent d’un véritable trésor de guerre qu’ils doivent dépenser. Les entreprises sous-valorisées sont des cibles toutes désignées pour ces acteurs, souvent américains, qui scrutent le marché européen avec attention
Que se passe-t-il dans la tête de Stelios Haji-Ioannou? Au lendemain de l’annonce d’un accord de principe pour un possible rachat à un peu plus de 5 milliards de livres entre Castlelake et EasyJet, la question agite les milieux économiques.
L’interrogation pèse quelque 880 millions de francs, soit le montant maximal que l’entrepreneur d’origine chypriote, qui a fondé la compagnie aérienne britannique en 1995, empocherait si l’affaire était conclue. Toujours principal actionnaire avec sa famille de son «bébé», Stelios Haji-Ioannou, qui n’a pas encore pris position sur l’offre de la société d’investissement américaine, ne se contente certainement pas de faire ses comptes. La pérennité de l’œuvre économique de sa vie est en jeu. Rien ne permet d’exclure que le potentiel acquéreur ne démantèle tout ou partie de l’entreprise.
Des cibles attractives
Indépendamment de la position du père spirituel du groupe, connu pour avoir démocratisé l’aviation et décrié pour l’empreinte environnementale de son modèle d’affaires, la transaction n’est de loin pas encore conclue. Castlelake a jusqu’au 3 août pour peser le pour et le contre d’une acquisition, une opération évidemment scrutée en terre romande, puisque EasyJet est de loin le premier opérateur de l’aéroport de Genève.
Quoi qu’il en soit, l’offensive témoigne de l’intérêt que présente actuellement l’Europe pour les sociétés d’investissement américaines en quête de bonnes affaires. Le principal tort d’EasyJet est en effet de connaître un passage à vide boursier, une aubaine pour les acteurs du private equity, qui, eux, ont levé des centaines de milliards de dollars ces dernières années. Un pactole qu’ils doivent désormais investir. Comme il est de notoriété publique que le marché boursier européen est moins bien valorisé que son pendant états-unien, le Vieux-Continent est devenu pour ces sociétés un terrain de chasse de prédilection.
A commencer par le Royaume-Uni lesté par le Brexit, qui joue aussi en défaveur d’EasyJet puisqu’elle y est basée. Bien moins connu en Suisse, le groupe anglais DCC, actif dans les services énergétiques, connaît d’ailleurs en ce moment les mêmes affres que la compagnie aérienne. Et si Sergio Ermotti se montrait alarmiste début 2025 face à la chute du cours de l’action UBS, ce n’était pas seulement par crainte pour sa fortune ou pour effrayer le législateur. Le banquier redoutait que, sous-valorisé, l’établissement qu’il dirige ne fasse l’objet d’une offre publique d’achat, en vertu de l’impitoyable loi de la bourse.