
ÉDITORIAL. Les accords de libre-échange se multiplient, marquant l’aboutissement de décennies de négociations. En voulant renforcer la position des Etats-Unis et isoler la Chine, Donald Trump accélère un mouvement qui pourrait fragiliser cette hégémonie à long terme
En quelques semaines, l’Union européenne a annoncé la signature de deux accords de libre-échange majeurs. Les Vingt-Sept viennent d’annoncer un partenariat avec l’Inde, qui revendique en 2025 la place de quatrième puissance économique mondiale devant le Japon. Un traité qui représente l’aboutissement de vingt ans de négociations. En mai 2025, c’était avec Londres que New Delhi trouvait une entente commerciale, talonnant ainsi la Suisse – au bénéfice d’un tel cadre commercial depuis octobre.
Le texte qui doit encadrer les échanges commerciaux entre l’UE et les pays du Mercosur continue de faire face à des blocages. Le Parlement européen a saisi la Cour de justice de l’UE, retardant encore le vote sur son entrée en vigueur après vingt-cinq ans de négociations. Mais certains membres des Vingt-Sept, l’Allemagne et l’Espagne en tête, poussent pour son adoption définitive, s’appuyant sur les menaces douanières des Etats-Unis. En parallèle, l’Association européenne de libre-échange, dont la Suisse est membre, a elle aussi signé un accord avec le Mercosur.
Les discussions autour de ces traités sont des processus qui s’inscrivent dans un temps long, la politique douanière de Donald Trump n’a pas soudainement provoqué ce mouvement. Mais elle joue sans aucun doute un rôle dans l’accélération des négociations et le sentiment d’urgence à renforcer les liens avec d’autres partenaires.
La tentation chinoise
L’éléphant dans la pièce, c’est évidemment la Chine. Un des objectifs du président américain est de contenir et d’isoler la deuxième puissance économique mondiale, quitte à bafouer le droit international. Mais paradoxalement, la voie choisie par Washington et la posture adoptée par Pékin, qui insiste sur son respect des règles du jeu international, pourraient produire l’effet inverse.
Fin octobre, la Chine et les membres de l’Asean ont renforcé leur partenariat commercial, en vigueur depuis 2010. La Suisse a également entamé des discussions pour moderniser ses relations avec la Chine. Et la semaine dernière, c’est Ottawa qui annonçait un accord préliminaire avec Pékin, provoquant l’ire de Donald Trump, qui a menacé son voisin de nouveaux droits de douane de 100%.
Le Canada a immédiatement reculé, rappelant à quel point le marché américain est incontournable. Si l’Inde constitue une alternative aux Etats-Unis et à la Chine, les opportunités économiques sont encore limitées. Le manque de fiabilité de l’administration Trump dans ses engagements (exemples de l’UE et de la Corée du Sud) amène chaque pays à avancer sur la corde raide. Mais, à long terme, les pressions américaines pourraient bien s’avérer contre-productives.