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Source : LeTemps.ch  (il y a 23 mois)

Les assurances doivent mesurer leur goût du risque

L'agence de notation Standard & Poor's a mis au point de nouvelles règles pour évaluer les groupes d'assurance qui émettent ou investissent dans des outils financiers de transfert des risques

Quand David Bowie «titrise» les futurs droits d'un de ses nouveaux disques, c'est-à-dire quand il encaisse avant la sortie d'un disque ses revenus sur droits d'auteur en les ayant transformés en une émission obligataire basée sur la valeur future de ses chansons, elles ne sont jamais loin. Quand c'est l'UBS qui émet un produit dérivé synthétique censé représenter une partie de son portefeuille de crédits sur les PME suisses, vous pouvez être sûr qu'elles sont à l'affût. Quand une société d'investissement émet des produits dérivés dont le sous-jacent n'est rien d'autre que la probabilité qu'un tremblement de terre majeur survienne quelque part sur la planète, elles sont toujours là. Elles, ce sont les assurances. Sur-capitalisées, ces compagnies sont à la fois d'importants pourvoyeurs de capitaux sur les marchés financiers pour acheter des produits d'investissements structurés et des amateurs de fonds propres qui leur permettent de faire face à de nouvelles obligations structurelles. Et, comme l'ont expliqué mercredi à Zurich dans un séminaire spécialisé les experts de Standard & Poor's, elles n'hésitent plus à se lancer dans l'émission d'instruments qui représentent un transfert de risque ou à y investir pour diversifier leur propre structure de bilan.

Pour les assurances, les émisions comme les achats d'actions ou de dette obligataire sont des instruments courants de travail. Mais, depuis quelques années, du fait de l'arrivée de l'euro qui a augmenté la liquidité des marchés et d'une moindre propension à émettre des Etats souverains dont les budgets s'équilibrent, les compagnies d'assurance cherchent des outils financiers dont le rendement à l'échéance est soit décorrélé de celui de leurs autres actifs soit très élevé. Leur idée est double. D'une part, de mieux rentabiliser leur surplus de capital en l'investissant dans ces outils et, d'autre part, grâce aux nouveaux produits qu'elles peuvent souscrire, de remplacer une partie de ce capital en surplus par de la dette pour en améliorer le rendement et ainsi satisfaire des actionnaires toujours plus exigeants.

Limites tracées

Pour les experts de Standard & Poor's, il n'y a a priori rien de mal à essayer de mieux utiliser son capital. Cependant, cette tendance peut aussi modifier la qualité de crédit d'un groupe d'assurance. Et donc de faire évoluer la note que cette agence lui donne. Cette note est en effet censée représenter la capacité des assurances à faire face à leurs obligations. Et, notamment à celles qu'elles ont à l'endroit de leurs clients qui ont souscrit des polices d'assurances. Or, les instruments financiers de transfert des risques, que ce soit, par exemple, des outils de titrisation d'actifs, des dérivés sur risques climatiques ou des produits structurés sur le prochain disque de David Bowie, induisent toujours une modification dans la structure du bilan des groupes d'assurance quand ils les émettent ou y investissent.

Du coup, comme le souligne Corinne Cunningham du département d'évaluation des assurances chez Standard & Poors, il a fallu tracer des limites pour pouvoir évaluer l'impact de ces produits sur la qualité des assurances.

Ainsi, un groupe noté AAA ne devrait pas avoir investi plus de 15% de son capital économique dans ces outils hybrides et 15% supplémentaires dans de la dette pour pouvoir garder sa note. Selon les directeurs Robert Mebus et Dominic Skeet, l'analyse des assurances qui se lancent dans cette direction porte donc essentiellement sur leur capacité à ne pas y engager trop de capital. Ceci les mettrait en porte à faux par rapport à leurs contreparties commerciales ou fragiliserait leur degré de liquidité. Pour les noter, Standard & Poor's fera donc très attention à la charge de capital investie dans ces outils, au niveau de réassurance de cette prise de risque et au degré de corrélation entre ces nouveaux risques et ceux qui existent déjà dans le portefeuille.

Jeudi 24 octobre 2024, 10h00 - LIRE LA SUITE
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