
COMMENTAIRE. Le sort du pôle horloger de la Fondation de famille Sandoz n’est toujours pas fixé, mais le dossier avance. Selon Frédéric Arnault, LVMH n’aurait jamais eu l’intention de reprendre le fabricant de mouvements Vaucher, au cœur de la bataille. La joute avec Hermès n’aura donc pas lieu
Une question de poids s’est envolée. Le sort du pôle horloger de la Fondation de famille se joue désormais sans LVMH. Si l’on en croit Frédéric Arnault, qui préside la division horlogerie du groupe, la course à la reprise n’est pas d’actualité. Il déclare en interview n’avoir jamais fait d’offre, tout du moins sur la manufacture de mouvements Vaucher, au cœur de toute la bataille. C’est un peu jouer avec les mots, car il paraît clair que LVMH s’est positionné à un moment donné sur la reprise de l’ensemble du pôle – mais c’est une supposition, puisque aucune des parties prenantes ne confirme quoi que ce soit.
A moins d’un coup de théâtre, la partie se joue donc entre Hermès, co-actionnaire de Vaucher avec droit de préemption, et les héritiers de la famille Sandoz. Il y avait trois scénarios. Il n’y en a plus que deux: soit le pôle est vendu et Hermès en reprend le contrôle, soit le propriétaire conserve ses actifs dans la configuration actuelle. A savoir, Hermès en partenaire sur Vaucher, Patek Philippe et Chopard sur NewTechCo, qui regroupe Atokalpa et Elwin, deux des six entités du pôle (qui comporte également la marque Parmigiani Fleurier).
Pas de «quoi qu’il en coûte»
L’enjeu est important. En Suisse, la manufacture Vaucher – et NewTechCo, en tant que fournisseur des organes réglants des mouvements – est quasiment le seul producteur de calibres haut de gamme indépendant et ouvert à toute l’industrie. Richard Mille s’y approvisionne, Audemars Piguet aussi, de même que TAG Heuer (LVMH). Et Hermès, bien entendu.
Cette position stratégique au sein de l’industrie est devenue explosive quand les héritiers Sandoz ont réexaminé le dossier, en vue d’une éventuelle cession. Hermès, qui avait jusque-là toléré LVMH comme client de Vaucher, s’est retrouvé à la table des négociations face à la famille Arnault, ennemie jurée depuis la tentative de putsch de 2010. Dans les coulisses, cela a déclenché une véritable guerre de clans. LVMH aurait eu les moyens de clouer l’adversaire, en rejouant le «quoi qu’il en coûte» d’Emmanuel Macron et en alignant les milliards. Cela n’a visiblement pas été le cas. Selon Frédéric Arnault, cela n’a même pas été envisagé.