Entre Audemars Piguet et Swatch, une rencontre «royale»La Royal Pop était un phénomène avant même que le public l’ait vue ce mercredi. La montre casse joyeusement les codes. Elle est intégralement fabriquée en Suisse et rappelle que, dans ce secteur, le luxe exclusif et le grand volume sont les deux faces d’une même pièce Imaginez que les Rolling Stones et The Cure soient des horlogers, qu’ils prennent leurs meilleurs morceaux et les mixent ensemble. C’est ce qu’Audemars Piguet et Swatch viennent de faire avec leur Royal Pop. Ce n’est pas une montre, c’est un appel d’air, ludique, inattendu et souriant, dans un secteur en manque de souffle. Cet objet à mesurer le temps rappelle surtout que l’horlogerie reste un secteur de création, dont la santé ne se mesure pas qu’en performance économique. La Royal Pop est née de la rencontre impensable de deux maisons qui ne naviguent ni sous le même pavillon ni dans les mêmes mers: Swatch et Audemars Piguet. L’initiative est venue de cette dernière, mère de la Royal Oak, la montre pionnière qui a ouvert la voie du sport chic en 1972. Ilaria Resta, à la tête de la manufacture du Brassus, était en train de travailler sur une montre de poche hyper-complexe lorsqu’elle a eu l’idée de contacter Nick Hayek, patron de Swatch Group, pour lui proposer cette collaboration.
Cet objet horloger pas encore tout à fait bien identifié ouvre un nouveau chapitre. La Royal Pop va sans doute se vendre par millions d’exemplaires, mais sa vocation n’est pas seulement commerciale. En dépassant le clivage des marques, elle raconte quelque chose d’autre, comme un autoportrait du secteur. Car l’horlogerie suisse est un écosystème où tous les savoir-faire se croisent, où tout fonctionne en interaction, qu’il s’agisse de luxe exclusif ou de produits tout public. Audemars Piguet et Swatch étaient sœurs de cœur avant cette collaboration: toutes deux utilisent le spiral Nivachron (l’organe régulateur de la montre) développé par Nivarox-FAR, filiale de Swatch Group. Elle se porte partout, sauf sur le poignetPour porter un tel message, il fallait que l’objet se distingue de la montre traditionnelle et amorce «une nouvelle catégorie», selon les mots d’Ilaria Resta. La Royal Pop se porte ainsi de toutes les manières, comme un accessoire de mode, en pendentif, sur un vêtement, un sac, à la ceinture ou en monocle, partout sauf sur le poignet. Swatch avait déjà sorti un tel objet en 1986, la «Pop» – d’où le nom, évidemment. La dirigeante d’Audemars Piguet veut plutôt y voir une illustration de sa nouvelle ligne stratégique: «Ouverture radicale». Elle décrit cette montre comme «un cadeau» pour l’industrie: «Nous survivrons si les gens s’intéressent à l’horlogerie. Il est même possible d’étendre le marché.» L’objectif n’est toutefois «pas financier», mais avant tout «culturel», explique-t-elle. L’objectif premier est d’attirer l’attention «de la génération Alpha» et de susciter des vocations: Audemars Piguet utilisera la part des ventes qui lui revient pour soutenir la formation.
Nick Hayek souligne de son côté l’importance de «donner un message positif» dans un contexte maussade. Car le secteur souffre en ce moment: le franc suisse pèse de tout son poids, le moteur chinois est à l’arrêt, la géopolitique lève des barrières un peu partout. L’agence Bloomberg écrivait lundi que Breitling avait biffé des «douzaines d’emplois en raison de la baisse de la demande et de l’augmentation des coûts». Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.
Une centaine de personnes impliquéesIndustriellement, la Royal Pop est une pure démonstration de force. Mis à part quelques matériaux bruts, tout est conçu, fabriqué, assemblé et conditionné en Suisse. Une centaine de personnes ont été impliquées dans les diverses unités de Swatch Group. Chez Audemars Piguet, seuls quelques cadres étaient au courant. De l’idée à la mise en production, il s’est passé près de deux ans. Durant ce laps de temps, une nouvelle version du calibre Sistem51 a été mise au point chez ETA à Boncourt (Jura), de nouveaux procédés d’injection du biocéramique (mélange de céramique technique et de polymère de ricin biosourcé, une exclusivité Swatch) ont été élaborés à Granges (Soleure), une ligne d’assemblage automatique dédiée a été mise en route à Sion (Valais). Il faut avoir la montre dans les mains pour mesurer tout le travail effectué. La Royal Pop n’a pas seulement hérité de la forme octogonale du modèle d’Audemars Piguet, elle en a gardé toutes les subtilités, réinterprétées à la manière de Swatch. Les connaisseurs reconnaîtront au premier coup de loupe la prouesse du cadran, qui a nécessité un moule d’une précision démesurée pour reproduire sous 100 tonnes de pression le gravage «plaque de chocolat» de la Royal Oak d’origine. Le détail de la lunette (ce qui entoure le cadran) à satinage vertical constitue aussi une prouesse en soi, de même que les vis soudées à l’ultrason qui la décorent. Pas de «clac!» à Watches and WondersLe travail sur le mouvement est tout aussi impressionnant. L’équipe d’ETA a repris le mouvement automatique Sistem51 pour en faire une version manuelle, plus fine, avec plus de 90 heures de réserve de marche – et un brevet sur l’utilisation du ressort de barillet comme indicateur du niveau d’énergie. Commercialement, si l’intérêt relevé sur les réseaux sociaux depuis début mai se confirme, le succès sera planétaire. Peut-être même dépassera-t-il celui de la MoonSwatch, la collaboration entre Swatch et Omega, dont il s’est vendu «entre 5 et 10 millions d’exemplaires» depuis son lancement en 2022, indique le groupe.
Nick Hayek se serait bien vu tout dévoiler pendant Watches and Wonders, juste pour le plaisir d’imaginer la chorale de «clac!» (le son que la montre fait lorsqu’elle est clippée et déclippée de son support) dans les couloirs de Palexpo, comme cela s’était passé en 2022 avec le «scratch» du bracelet velcro de la MoonSwatch. Mais Ilaria Resta a dit «non» et le patron biennois a obtempéré. Non limité, mais avec des limitationsLe lancement n’aurait de toute façon pas pu avoir lieu au moment de Watches and Wonders. La production n’était pas encore prête mi-avril. La production a démarré le plus tard possible, histoire de ne pas laisser fuir trop tôt un secret si bien gardé pendant deux ans et mettre le feu trop vite à une campagne promotionnelle bien orchestrée. Swatch a commencé à envoyer des messages sibyllins sur ses réseaux sociaux le 6 mai: «Royal», «Pop», «Clac!». Et tout le monde a compris. Le 9 mai, des boîtes scellées ont été posées dans les quelque 220 boutiques dans le monde où les montres seront vendues. L’ouverture des boîtes a été programmée le 13 mai à minuit et une minute. La commercialisation commence le 16 mai. Comme avec la MoonSwatch, les ventes sont limitées à une montre par personne, par jour et par point de vente. Le tirage n’est pas limité, mais, comme l’a laissé entendre Ilaria Resta: «Il y aura sûrement une fin… Nous n’avons pas défini quand.» Et il n’y aura sans doute pas de réplique, la Royal Pop restera «unique». Profil1972 Audemars Piguet présente la Royal Oak. 1986 Swatch invente la Pop, une montre à clipper. 2013 Swatch crée le mouvement mécanique Sistem51. 2022 MoonSwatch, première collaboration entre Omega et Swatch. 2026 Sortie de la Royal Pop signée Audemars Piguet et Swatch. Mercredi 13 mai 2026, 00h31 - LIRE LA SUITE
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