
ÉDITORIAL. A Bâle, dans l’Arc jurassien ou en terres vaudoises, les mises en garde sur la perte d’attractivité industrielle se multiplient. La Berne fédérale ne peut se permettre de faire la sourde oreille
Les entreprises japonaises pourront à l’avenir vendre des armes à l’étranger. Le verrou scellé au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale au pays du Soleil-Levant a sauté mardi, marquant voire échauffant les esprits. Dans un monde qui se réarme à coups de milliards, le Japon veut sa part du gâteau.
Même si l’assouplissement des conditions d’exportation de matériel de guerre fait aussi débat en Suisse, il n’est pas mentionné dans la lettre ouverte de la Chambre vaudoise de commerce et d’industrie (CVCI) signée par des centaines d’entrepreneurs, principalement des petits patrons. Forte du constat que les temps ont changé, que les règles du commerce ne sont plus équitables, la missive tonne que «la résilience a ses limites». Elle ambitionne de faire «bouger les lignes à l’échelon fédéral» avec des propositions concrètes pour soutenir les entreprises innovantes. A juste titre puisque c’est l’avenir industriel de la Suisse qui est en jeu.
Avec un parlement et une administration largement acquis à la doctrine libérale, les signataires auront fort à faire pour convaincre à Berne. Ils ne prêchent toutefois pas seuls dans le désert. L’automne dernier, la Chambre d’économie publique du Grand Chasseral (BE) a organisé des états généraux de l’industrie tandis que, fait nouveau, la pharma s’est aussi mise à donner de la voix pour alerter sur la perte d’attractivité économique de la Suisse. De quoi pousser le Conseil fédéral à former un groupe de travail pour plancher sur le sujet.
Plutôt que d’évoquer une politique industrielle – un sujet tabou en Suisse –, les auteurs de la lettre ouverte préfèrent pointer un besoin de «stratégie». Pas question de lister dans un bureau bernois les secteurs et les entreprises qui feront demain le succès du pays pour les arroser de subventions, exercice périlleux s’il en est.
Il s’agit surtout de revoir en profondeur les conditions-cadres de l’innovation pour transformer la recherche, excellente en Suisse, en réussite commerciale. Eviter de galvauder les milliards investis dans les prestigieuses hautes écoles du pays ou dans les premières phases de développement des start-up. Empêcher enfin que le pays ne se désindustrialise en se berçant de l’illusion qu’il pourra demeurer un laboratoire d’excellence en recherche et développement.
Il y a 2 ans, Le Temps déclarait déjà dans un éditorial qu’il fallait savoir écouter les entrepreneurs. Une position qu’il revendique plus que jamais dans un monde en profonde mutation.