
On raconte que la montre-bracelet est sortie de la boue de 14-18. La réalité est plus nuancée. Derrière ce mythe militaire se cachent la modernité, la mode, l’émancipation féminine et une révolution industrielle qui a permis à la Suisse de mettre le monde à l’heure
Sans abuser des termes en ces temps de troubles géopolitiques, l’horlogerie suisse est à sa manière une combattante. Dans l’imaginaire horloger collectif, la filiation entre l’industrie et le théâtre des opérations apparaît même très direct, puisque la révolutionnaire montre-bracelet, qui a fait de l’Arc jurassien le quartier général du temps portatif, a pris son envol dans l’entre-deux-guerres. La conquête du poignet n’est qu’une bataille parmi d’autres, où l’industrie s’est illustrée. Elle a écrasé ses concurrents, survécu au quartz asiatique et très bien résisté à la montre connectée. Comme le dit la chanson, partons donc de l’idée volontairement godiche que pour être aussi belle aujourd’hui, l’horlogerie suisse a dû faire toutes les guerres. Si c’était un roman, la quatrième de couverture pourrait aller ainsi:
«Boum! Le dernier canon de 14-18 vient de se taire. La montre-bracelet sort des tranchées. De la poche au poignet, la guerre ergonomique est engagée. L’armée des horlogers suisses mène l’assaut et envoie ses concurrents au casse-pipe. Le Japon contre-attaque un demi-siècle plus tard et lâche la bombe du quartz sur l’Arc jurassien. Blessée, la Suisse ne se rend pas. La Swatch en cheval de Troie, elle envahit la forteresse du luxe et claque la porte derrière elle. Vlan!»
Voir plus