
ÉDITORIAL. La Suisse échappe à la peine maximale dans la nouvelle salve de droits de douane qui seront introduits par Washington. Une petite victoire pour le Conseil fédéral, qui veut sécuriser les relations avec les Etats-Unis dans un accord
Ouf! Pour une fois, la Suisse semble échapper aux foudres commerciales de Donald Trump. Un an après le mémorable «Liberation Day» qui avait vu l’industrie pharmaceutique menacée de droits de douane allant jusqu’à 200%, le président américain est passé à l’acte. Il a introduit des tariffs – largement édulcorés – pour toute une série de traitements, d’entreprises et de pays.
Citée dans le décret présidentiel aux côtés de l’Union européenne, de la Corée du Sud et du Japon, la Suisse bénéficie d’un plafond de 15%. NOVARTIS et ROCHE, qui ont signé un accord avec les Etats-Unis en s’engageant à faire baisser certains prix et à investir sur sol américain, devraient, elles, être exemptées totalement de droits. Un traitement différencié qui devrait faire grincer des dents dans certains laboratoires pharmaceutiques suisses de plus petite taille.
L’essentiel semble toutefois sauf puisqu’ils ne connaîtront pas les affres que les fabricants de montres, de machines ou de fromage ont vécues entre août et novembre dernier, frappés d’un taux de 39% contre 15% pour leurs concurrents européens. A l’exception notable du Royaume-Uni exempté, les producteurs de médicaments suisses seront au moins logés à la même enseigne que leurs homologues allemands, danois ou français.
Ce n’est évidemment pas la fin de l’histoire, tant Donald Trump a transformé la politique américaine en un show perpétuel, avec coups de théâtre et retournements de situation à gogo, au gré de ses intérêts, de ses envies, voire de ses humeurs. Cet épisode donne malgré tout indéniablement des munitions au Conseil fédéral et aux partisans de la conclusion d’un accord – en cours de négociation – avec les Etats-Unis.
Un marché qui reste incontournable
Car l’industrie pharmaceutique ne se résume pas à NOVARTIS et à Roche. A l’instar du valdo-valaisan Debiopharm, des sociétés de plus petite taille exportent sur ce marché. D’autres, comme OM Pharma à Genève, n’y sont pas encore actives mais souhaitent s’y développer à terme. Elles peuvent désormais planifier leurs investissements avec davantage de visibilité.
C’est que les Etats-Unis restent un marché incontournable avec un pouvoir d’attraction économique que beaucoup dans l’opinion publique ou sous la Coupole peinent à mesurer. Primordial pour la Suisse, le secteur des sciences de la vie en témoigne et en bénéficie mais il n’est de loin pas le seul. Le fabricant de chocolat Läderach, qui a vu ses ventes continuer de croître en dépit des droits de douane en 2025, en atteste également. Négocier avec Donald Trump n’a rien de plaisant. Cela s’appelle de la realpolitik, une approche souvent désagréable. Si cette voie doit évidemment poser des lignes rouges à ne pas franchir, elle n’en est pas moins inévitable car personne n’a envie d’assumer une douloureuse récession industrielle en Suisse.