
Une offre d’emploi excluant les 18-29 ans à Zurich a fait grand bruit et force à regarder en face les clichés qui poursuivent la jeune génération dans le monde du travail. Des généralisations que ne corroborent pas les chiffres et que l’on ferait mieux de combattre, pour qu’employés et employeurs se portent mieux
A Zurich, une offre d’emploi d’une entreprise de soins à domicile a récemment défrayé la chronique pour avoir exclu des postulations toute la génération Z (18-29 ans). Une discrimination par l’âge maladroite qui aurait pu se justifier par le besoin d’avoir à ce poste de chef d’équipe infirmier une personne avec un certain nombre d’années d’expérience. La suite de l’annonce ne laissait pas de place au doute, la société refusant d’embaucher quelqu’un avec une mentalité à «se faire porter pâle le lundi ou le vendredi».
En clair: les jeunes sont des tire-au-flanc. Une généralisation qui fait polémique, mais qui est loin d’être originale, reposant sur les clichés que se font les générations plus âgées sur celles qui arrivent après elles. Certes, le rapport au travail a changé, lié à un contexte économique et social lui aussi en mutation. Certaines tendances ont émergé, notamment dues aux réseaux sociaux, du quiet quitting, ou l’art d’en faire le moins possible, au conscious unbossing, le refus de s’acquitter d’un poste à responsabilité.
Mais la viralité de ce genre de pratiques n’est toutefois pas représentative d’une génération dans son ensemble. Plutôt que de se complaire dans les clichés, il faut se pencher sur les mutations documentées: besoin de sens, meilleur équilibre à trouver entre vie privée et vie professionnelle, moins de fidélité à la même entreprise que par le passé et attrait pour le télétravail.
Une paresse? Peut-être, mais partagée
Des écarts chiffrés traversent les classes d’âge, mais pas forcément là où on les attend. Le baromètre des générations réalisé en 2025 par Sotomo indique par exemple que la réalisation de soi est l’une des significations premières du travail pour la Gen Z. Toutefois, seulement un quart des 18-25 ans estiment que l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle est primordial contre environ la moitié des 26-35 ans, et environ 40% des 36-55 ans. Les plus jeunes sont aussi ceux qui donnent le moins d’importance au télétravail ou à une bonne fiche de paie. Qui a dit qu’ils ne savaient pas faire d’efforts?
Ranger toute une génération dans la même case est, au mieux, paresseux, au pire, contre-productif pour les entreprises. Car, qu’elles le veuillent ou non, elles ont besoin de la génération Z, devenue la troisième plus importante force de travail, surpassant depuis peu les baby-boomers. Les employeurs ont tout à gagner à mieux comprendre ce qui meut les 18-29 ans, pour se rendre plus attractifs et ne pas se priver de talents. Surtout quand les attentes correspondent dans leur majorité à une ambiance professionnelle et à un salaire corrects. Alors, au travail! Et cela concerne aussi les entreprises.