
Très imposant en bordure de la place Saint-François, ce bâtiment inauguré en avril 1901 devrait être entièrement rénové cet été. Un peu plus d’un tiers des surfaces ont été pré-louées, notamment par La Poste
Propriétaire de l’Hôtel des Postes depuis le printemps 2001, PSP Real Estate a investi environ 55 millions de francs pour la rénovation totale et la modernisation du fameux Hôtel des Postes, situé au 15 de la place Saint-François, au cœur de la ville de Lausanne. Démarré en octobre 2023, ce vaste chantier est dirigé par la société Halter, une entreprise totale spécialisée notamment dans les rénovations complexes. Son achèvement est prévu pour cet été.
Inscrit au recensement architectural cantonal, l’Hôtel des Postes bénéficie d’une note 2, ce qui signifie qu’il est d’un intérêt régional avec une «valeur importante qui doit être préservée». Petit retour historique
Nous sommes à la toute fin du XIXe siècle. C’est l’époque où la place Saint-François devient progressivement le quartier d’affaires de la capitale vaudoise. Un concours d’architecture est organisé en 1895 pour construire la direction d’arrondissement pour les douanes et La Poste suisse. Il est remporté par l’architecte Eugène Jost, qui va superviser la construction de l’Hôtel des Postes entre 1987 et 1901 avec l’aide de son collègue Louis Bezencenet. Eugène Jost se fera connaître pour avoir été l’architecte attitré de plusieurs hôteliers de Montreux: l’Hôtel National, le Caux Palace, l’Hôtel des Alpes, Le Montreux Palace, sans oublier le Beau-Rivage Palace à Lausanne. Ce représentant du style beaux-arts sera aussi l’auteur du pont Bessières.
Structure en béton
Premier paradoxe de ce bâtiment, bien que son habillage en pierre blanche s’inspire des châteaux de la Loire, sa structure est en béton. Mais jusqu’à nos jours, cet «Hôtel des Postes» a subi de «multiples rénovations anarchiques», à en croire le responsable du chantier chez Halter. «Nous avons d’abord dû le purger entièrement. Il y avait parfois deux faux plafonds. Il a aussi fallu enlever le plomb.»
Il s’agissait non seulement de remettre aux normes ce paquebot, mais aussi de redonner une certaine cohérence à ce bâtiment qui avait eu droit à une extension côté lac dans les années 1960, puis à l’ajout de demi-niveaux une décennie plus tard. De plus, la circulation intérieure a été améliorée. «Les accès n’avaient pas été bien pensés. Nous avons voulu établir une vraie colonne vertébrale avec la création de nouvelles cages d’escalier situées non plus au sud.» Cela a permis de détruire plusieurs escaliers inutilisés dans les deux tours et donc de créer des surfaces locatives supplémentaires.
Par ailleurs, le 4e et les combles n’avaient jamais été réellement exploités. Désormais, ce sont 2000 m² supplémentaires qui pourront bénéficier à des locataires, sans oublier un toit-terrasse incroyable. A ce propos, l’idée du maître d’ouvrage PSP serait de dénicher un restaurateur intéressé par l’exploitation à la fois d’une surface au rez-de-chaussée et de ce futur rooftop de 460 m².
De l’Hôtel des Postes originel, que reste-t-il dans le bâtiment actuel? «Pas grand-chose. Les deux cages d’escalier historiques, les façades de pierre blanche avec leurs ornements maniéristes et le grand hall», à en croire Renaud Boyer, directeur exécution construction neuve Vaud chez Halter. Des visites aux archives de la ville de Lausanne ont été effectuées pour tenter de trouver de la documentation sur le bâtiment, mais avec un succès très relatif.
Faux planchers envoyés à Paris
L’entreprise Marti Construction a été chargée de mettre à nu les sept étages, d’évacuer les faux planchers, les faux plafonds et les parois légères. Relevons que les faux planchers ont tous été rénovés et envoyés sur un chantier à Paris.
La sécurité statique a nécessité des interventions lourdes. Un certain nombre de dalles ont été renforcées par ajout de tirants muraux et de béton armé.
Enfin, principale intervention architecturale: les anciens quais de déchargement de La Poste ont fait place à une structure légère en charpente métallique dessinée par le bureau d’architecture CCHE. Elle occupe deux niveaux de rez-de-chaussée.
Reste désormais à remplir les surfaces de ce bâtiment. D’après nos informations, 35% des quelque 7300 m² auraient été loués ou pré-loués. Parmi ceux-ci, citons La Poste et Banque du Léman. Outre l’emplacement exceptionnel de cet immeuble, il faut relever la hauteur sous plafond: 6,70 m au rez-de-chaussée inférieur. Avec la transformation prochaine de la place Saint-François et l’arrivée d’une ligne de bus à haut niveau de service (BHNS), le site va encore gagner en attractivité.
Un prix pour remettre la nature au cœur des villes
Plutôt discrète, la Fondation Etrillard remet depuis 2020 un prix en faveur de la préservation des espaces naturels, en Suisse et en France. En janvier 2026, cette fondation a souhaité faire évoluer ce prix, rebaptisé «Nature dans la ville», au bénéfice de la nature de proximité en milieu urbain. Ce prix s’adresse à l’ensemble des espaces verts urbains ouverts au public. Un appel à candidatures est ouvert jusqu’au 10 avril 2026. Les projets finalistes seront soumis au vote d’un jury composé de personnalités reconnues: Gaëlle Aggeri, ingénieure paysagiste, Laurence Baudelet, ethnologue urbaine et urbaniste, Sylvain Greutert, ingénieur en gestion de la nature, et Nathalie Machon, professeur d’écologie urbaine.