
Au Forum économique mondial (WEF) de Davos, les petites et moyennes puissances ont tenté de tracer la voie d’une résistance pragmatique face à l’effondrement de l’ancien ordre mondial
Le WEF a pris une autre tournure cette année. Alors que l’an passé, l’angoisse et la crainte de Donald Trump étaient sur toutes les bouches, cette édition a été marquée par une forte quête de solidarité entre «petites et moyennes puissances»
Durant une allocution de 96 minutes – un format inhabituellement long par rapport aux standards du Forum –, le président américain a déroulé un laïus décousu, certains diront un aveu de faiblesse.
Le président des Etats-Unis n’a pas manqué de piquer ses homologues, ironisant sur la posture de «dur à cuire» d’Emmanuel Macron et réexprimant son mécontentement face à l’attitude de la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, qualifiée d’«agressive».
Le refus de la vassalité
Face à cette pression états-unienne, un mot d’ordre a émergé parmi les dirigeants européens: ne pas céder. Le président français a réaffirmé sa volonté de bâtir une Europe «plus sûre», préférant «le respect aux intimidateurs» et «l’Etat de droit à la brutalité». Il a insisté sur le fait que le continent ne devait pas se laisser entraîner dans un «nouvel impérialisme».
Cette ligne a trouvé écho chez le premier ministre belge, Bart De Wever: «Etre un vassal heureux est une chose. Etre un esclave misérable en est une autre. Si on renonce aujourd’hui, nous perdrons notre dignité.»
De son côté, le chancelier allemand Friedrich Merz a plaidé pour une union renforcée, refusant de soumettre l’Europe «à la merci de ce nouveau monde». Pour le successeur d’Olaf Scholz, la réponse au protectionnisme réside dans des alliances «entre égaux» fondées sur la confiance, mais surtout sur un investissement massif dans la défense et la compétitivité économique.
Malgré tout, Trump nécessaire pour mettre fin aux guerres en Ukraine et à Gaza
Comment transformer ces allocutions en actes? Ursula von der Leyen a rappelé le déblocage d’un prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine sur la période 2026-2027. Volodymyr Zelensky, tout en critiquant la lenteur européenne, a reconnu la nécessité de composer avec Washington: «Nous avons besoin de Trump à bord de ce navire sur la voie de la paix.» Le président ukrainien a signalé l’urgence, alors que son pays subit une vague de froid intense et des coupures d’électricité critiques dues aux frappes russes.
Mohammed Mustafa, premier ministre de l’Autorité palestinienne, a lui aussi rappelé à la réalité de terrain: «450 personnes sont décédées à Gaza depuis l’entrée en vigueur de la trêve». Il a toutefois exprimé l’intention de collaborer avec le nouveau «Conseil de la paix» instauré par Donald Trump, dans l’espoir de superviser la reconstruction de l’enclave et d’intégrer les institutions de Gaza à celles de la Cisjordanie.
Une alliance avec le Canada pour la survie des «puissances moyennes»
Apparaissant comme une alternative nord-américaine multilatéraliste, le premier ministre canadien Mark Carney a appelé à la formation de coalitions de long terme pour sécuriser l’Arctique et la prospérité commune: «Les puissances moyennes doivent agir ensemble, parce que lorsqu’on est absents de la table, on figure au menu.»