
La 25e édition des Oscars de l’horlogerie s’est tenue à Genève. Vingt récompenses ont été distribuées, consacrant surtout des maisons avec une longue histoire. Le jury a accordé son prix spécial à Alain Dominique Perrin, qui a fait de Cartier une étoile du luxe
Le Grand Prix d’horlogerie de Genève (GPHG) a joué une partition classique. L’Aiguille d’or, la palme la plus élevée, revient à Breguet. La récompense tombe à point nommé pour la marque dont le retour fait bruisser le sérail depuis des mois. De quoi couronner l’année de toutes les célébrations pour la manufacture du Brassus (vallée de Joux), qui célèbre cette année les 250 ans de l’ouverture de l’atelier d’Abraham-Louis Breguet, horloger neuchâtelois, à Paris. C’est la première fois que Breguet participe au GPHG. C’était aussi la seule maison de Swatch Group en lice cette année.
La montre consacrée jeudi soir à Genève se nomme Classique Souscription 2025 et se caractérise par son aiguille unique. Un hommage à l’horloger Breguet, qui avait dû quitter ses quartiers parisiens dans l’urgence de la Révolution française et regagner ses pénates neuchâtelois. Pour subsister, il a inventé une montre simplifiée au maximum, avec une seule aiguille, et vendue par souscription – d’où son nom. La version 2025 symbolise aussi un tournant pour la marque, que beaucoup d’observateurs trouvaient en perte de vitesse. Le récent sondage mené auprès des membres du club de collectionneurs CollectorSphere accorde d’ailleurs à Breguet le plus fort potentiel de «come-back». La maison a aussi un nouveau dirigeant depuis octobre 2024, Gregory Kissling, en provenance d’Omega.
Une pensée de Nicolas Hayek
Le sacre de Breguet jeudi soir au Bâtiment des Forces Motrices (BFM) aurait ravi feu Nicolas Hayek sénior, qui l’avait intégrée à Swatch Group en 1999, l’avait prise sous son aile et en avait fait un oiseau d’élite. L’horloger indépendant François-Paul Journe, rencontré jeudi matin à Genève, s’est remémoré des paroles très à propos de Nicolas Hayek, que lui avait rapportées Gabriel Tortella, figure tutélaire des ventes aux enchères horlogères à Genève: «Je peux participer si je suis sûr de gagner.» François-Paul Journe se souvient d’avoir ri et pris ces propos «à la légère». Avant de se reprendre: «Finalement, on a compris que c’était sérieux.» L’horloger créateur en sait quelque chose. Il est vénéré comme une vedette par les collectionneurs, ses montres atteignent les six ou sept chiffres aux enchères, mais cela fait quinze ans qu’il ne participe plus au GPHG. Il n’est pas près d’y retourner, affirme-t-il, mais ce n’est pas par peur de perdre: sur les neuf années où il a participé, il a reçu sept récompenses, dont deux Aiguilles d’or.
Monsieur «Must» de Cartier
Une autre figure patrimoniale a été célébrée à Genève: Alain Dominique Perrin, 83 ans, a reçu le Prix spécial du jury. Il fut l’un des aiguillons qui ont réveillé le luxe dans les années 1980. Son nom est indissociable de Cartier, dont il développe les «Must» dès 1978, premières marches vers le leader global que la maison est devenue. C’est aussi à lui que l’on doit la Fondation Cartier pour l’art contemporain, ouverte en 1984.
Sur la scène du BFM, les lauréats se sont entremêlés aux bons mots d’un Antoine de Caunes gaffeur malgré lui — rejoint sur scène par sa fille Emma en cours de soirée. Le maître de cérémonie a invité au pupitre un défilé de marques institutionnelles, toutes multiprimées par le passé, accompagnées du désormais habituel bal des nouveaux venus (M.A.D. Editions, Fam Al Hut, Dennison). Zenith a remporté le Prix de la chronométrie, Audemars Piguet, celui de la montre iconique et Bulgari, celui du tourbillon. Chopard est montée deux fois sur l’estrade, pour les Prix de la montre sport et de la complication pour femme.
Laissons la conclusion de la soirée à Alain Dominique Perrin. Il n’était pas à Genève pour recevoir sa statuette. Benjamin Comar, dirigeant de Piaget, est monté sur scène pour la prendre à sa place et lire les remerciements de l’absent: «Tant qu’il y aura de la passion et de l’amour, il y aura des montres et des bijoux.»