
Hier, nargué comme un original dans son village. Aujourd’hui, au pinacle de l’horlogerie artisanale sans compromis. Le seul regret de Philippe Dufour, 77 ans, est de ne pas avoir pu monter une équipe à lui. Même s’il a passé sa vie à transmettre tout ce qu’il a appris
Philippe Dufour est un monument sculpté comme un oxymore, d’une complexité limpide harmonieusement dissonante. Il y a longtemps qu’il a gravé sur sa porte «horlogerie compliquée». Mais sa renommée s’est bâtie sur une montre nommée «Simplicity». Il s’est battu pour vivre de la vente de ses montres, alors que certains de ses collectionneurs se sont fait une fortune en les revendant. Son plus grand regret est de n’avoir jamais réussi à retenir un apprenti ou monter une équipe. Il a pourtant passé sa vie à transmettre tout ce qu’il avait appris, jusqu’à devenir malgré lui le chef de file de toute une génération d’indépendants.
Son atelier sent l’huile et le tabac. Il est installé depuis presque toujours dans l’ancienne école du Solliat, hameau de la vallée de Joux perché sur les contreforts de «La LeCoultre» (le petit nom de Jaeger LeCoultre, au Brassus). Ses enfants y ont usé leurs crayons d’écolier. Philippe Dufour y a passé sa vie d’horloger et, à 77 ans, s’y rend toujours chaque matin, déroulant la même mise en train: lacer sa blouse de médecin, allumer sa pipe, et laisser le café couler au son de la musique classique.
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