
Au congrès de l’Union française de l’électricité à Paris, Luc Rémont et Patrick Pouyanné ont vertement critiqué les réglementations et les processus qui freinent les investissements dans l’Hexagone
C’est «l’enfer d’investir en France», a affirmé mardi Luc Rémont, le PDG du groupe électricien EDF, au congrès de l’Union française de l’électricité (UFE) à Paris. Le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a lui aussi émis des critiques sur les procédures administratives pour développer les énergies renouvelables.
«Il faut qu’on simplifie le processus, a déclaré Patrick Pouyanné. Je suis désolé, mais quand je regarde (en France), j’ai 500 développeurs d’énergies renouvelables qui arrivent à faire péniblement 300 à 400 mégawatts par an (…) Ce n’est pas possible de continuer comme ça. Aux Etats-Unis, j’ai construit 2 GW en un an.» Faute d’accélération, le patron du groupe pétro-gazier qui se diversifie dans l’électricité se dit prêt à «faire des arbitrages vers des pays qui sont plus accueillants», comme l’Allemagne.
«Un problème de volonté collective»
«Je ne peux pas continuer à investir dans un pays (la France), à avoir autant de personnes qui me coûtent de l’argent pour un rendement aussi faible. Et ça, c’est un problème d’espace, c’est un problème de réglementation, c’est un problème de volonté collective», a encore critiqué Patrick Pouyanné, en fustigeant une loi d’accélération des renouvelables de 2023 «qui a tout ralenti».
«On sait faire des grands projets dans ce pays: du nucléaire, des cathédrales, des Jeux olympiques. Là, on est super organisés», a ironisé le bouillant patron qui était présent le 29 novembre à la dernière visite de chantier de la cathédrale Notre-Dame en présence d’Emmanuel Macron.
Des délais administratifs «incommensurables»
Luc Rémont, le PDG du groupe électricien EDF, entreprise détenue à 100% par l’Etat français, a souscrit aux mêmes critiques. «Patrick le disait tout à l’heure, c’est l’enfer d’investir en France. C’est vrai, c’est l’enfer d’investir en France pour des raisons réglementaires et ce n’est pas juste l’enfer pour faire du renouvelable. C’est l’enfer pour un industriel qui veut se raccorder, pour raccorder un data-center au réseau électrique, c’est des délais administratifs qui sont incommensurables avec ce qu’on vit ailleurs dans le monde. Le premier frein à la décarbonation aujourd’hui, ce sont les procédures.»
Au deuxième semestre, l’investissement des entreprises en France est sur une trajectoire de «baisse de 3% qui s’est sensiblement accélérée», a indiqué le patron du Medef Patrick Martin, contre 1% au premier semestre. Et le taux d’utilisation des capacités industrielles «n’est plus que de 75%», soit le même taux qu’en 2010, a-t-il ajouté.