
ÉDITORIAL. Alors que de moins en moins de transactions sont payées avec des espèces, une initiative et son contre-projet proposent d’inscrire la disponibilité du cash dans la Constitution. Sans l’engagement de tout un chacun, son usage continuera cependant à décliner
Face à la numérisation croissante des modes de paiement, le cash se rappelle à notre bon souvenir. Notamment par le biais de l’initiative populaire nommée «L’argent liquide, c’est la liberté». Ce texte, soumis au vote le 8 mars, demande que la Confédération garantisse la disponibilité des espèces mais également que tout projet de remplacement du franc par une autre monnaie soit soumis au vote du peuple et des cantons.
Le Conseil fédéral trouve l’initiative pertinente mais lui oppose tout de même un contre-projet. Berne met en exergue que les formulations figurant dans l’initiative pourraient induire des incertitudes et recommande d’inscrire dans la Constitution des termes «ayant auparavant fait leurs preuves» au point de vue juridique. Il existe en effet déjà des textes de loi sur ce sujet et il s’agit maintenant de les inscrire dans la Constitution.
Pour cette raison, il serait donc plus judicieux de voter en faveur du contre-projet. C’est aussi l’avis de la quasi-majorité des principaux partis politiques suisses. Parmi eux, seule l’UDC soutient l’initiative. Selon les derniers sondages, le texte du Conseil fédéral devrait par ailleurs l’emporter dans les urnes.
Votation à portée symbolique
Au-delà de son objectif primaire, cette votation nous amène à repenser aux nombreux avantages de l’argent liquide. Celui-ci ne requiert aucune technologie et il permet de préserver l’anonymat vis-à-vis des institutions financières, de constituer un coussin de sécurité à la maison ou de payer en cas de problème technique ou de panne d’électricité.
Malgré les qualités indéniables du cash, de moins en moins de personnes l’utilisent lorsqu’il s’agit de passer à la caisse. En 2024, seuls 30% des paiements ont été faits en espèces alors que, en 2017, ce taux était encore de 70%, selon des chiffres de la BNS. Même si plus de 90% des Suisses sont profondément attachés à l’argent liquide, son utilisation diminue progressivement. Et cela provoque des réactions en chaîne: baisse du nombre de distributeurs automatiques et une acceptation moindre dans certains commerces ou dans les transports en commun.
La votation du 8 mars ne changera rien à cette tendance. Un café peut continuer à exiger un paiement numérique. L’initiative et son contre-projet ont une portée surtout symbolique. Certains diront aussi identitaire. Elle manifeste l’attachement des Suisses au franc dans un environnement en mutation. Mais si vous avez vraiment envie de faire vivre le cash, il suffira de payer avec lors de votre prochain achat! Facile, n’est-ce pas?