
ÉDITORIAL. Les coupes dans les budgets des EPF et le manque de capital-risque sont deux obstacles majeurs pour la création de plus grandes entreprises technologiques en Suisse
La Suisse est le paradis de l’innovation, dit-on souvent. Le pays a été numéro un du classement 2025 de la compétitivité numérique mondiale de l’IMD, devant Singapour et les Etats-Unis. La Suisse est aussi dans le top 10 des dépôts de brevets au niveau mondial, apprenait-on cette semaine. Et sans cesse, l’EPFL et l’EPFZ apparaissent dans le top 50 des hautes écoles au niveau international.
Il y a les podiums mondiaux. Mais il y a surtout la réalité du terrain. En l’espace de quelques jours, plusieurs start-up extrêmement prometteuses ont annoncé de jolies réussites: la société vaudoise Kandou AI qui lève 225 millions de dollars, le spécialiste des robots désherbeurs Ecorobotix qui a franchi le cap des 1000 machines et qui investit aux Etats-Unis, ou encore le concepteur zurichois de robots de livraison RIVR qui se fait racheter par Amazon.
Dans les laboratoires, puis dans les usines, la Suisse fait très fort. On se souvient qu’en janvier, le spécialiste de l’IA industrielle Neural Concept, basé à Lausanne, levait 100 millions de dollars pour sa croissance. Et toujours à Lausanne, Nexthink, focalisé sur l’expérience numérique des employés, atteignait une valorisation de 3 milliards de dollars.
Pas assez de capitaux
Les succès sont éclatants. Mais ils sont aussi extraordinairement fragiles. Très souvent, ces entreprises prometteuses sont des émanations de l’EPFL et de l’EPFZ. Piliers de la recherche, formant d’excellents spécialistes (et parfaitement complémentaires aux précieuses HES), ces hautes écoles doivent pourtant subir des coupes drastiques dans leurs budgets. La Confédération impose une pression financière importante aux EPF, ce qui s’apparente quasiment à une stratégie suicidaire vu leur importance dans l’innovation en Suisse.
En parallèle, il y a encore et toujours la question du financement. Si les start-up trouvent facilement 1 à 5 millions, les scale-up, aux besoins en capitaux plus importants, se tournent souvent vers l’autre côté de l’Atlantique. De plus, on observe que, régulièrement, AMAZON ou Meta, l’empire de Mark Zuckerberg, viennent racheter des fleurons suisses de la tech. Tant mieux pour leurs fondateurs et leurs investisseurs. Même si parfois, une équipe d’ingénieurs demeure ensuite en Suisse, la substance de ces entreprises est aspirée aux Etats-Unis.
Soyons conscients des succès des jeunes pousses suisses de la tech. Mais aussi, et surtout, de leur fragilité. Et pensons déjà à assurer le développement de celles qui seront créées ces prochaines années.