
ÉDITORIAL. Prêt à tout pour faire baisser le prix du diesel en vue des élections de mi-mandat, le président américain a une nouvelle fois lâché l’Ukraine. L’Europe, qui manque de capacité de raffinage, devrait être doublement inquiète
Les élections de mi-mandat approchent aux Etats-Unis, et, ces dernières semaines, Donald Trump n’a cessé de parler du diesel. Le locataire de la Maison-Blanche a bien compris que les prix à la pompe, plus que l’évolution du cours du brut, vont jouer un rôle crucial dans ces scrutins, qui s’annoncent mal engagés pour le camp républicain. Ce lundi, le gallon (3,78 litres) de diesel aux Etats-Unis était à environ 6,30 dollars. Un prix en dessous du record de septembre, mais presque deux fois plus élevé qu’en début d’année.
La semaine passée, Donald Trump annonçait avec fracas l’ouverture de l’accès au diesel rouge, sans taxe, à tous. Un carburant à la fiscalité allégée, normalement réservé aux véhicules agricoles et de chantier. Une mesure qui ne règle pas la question de la quantité disponible, et qui reste limitée dans les faits.
Le président américain s’est ensuite tourné vers la Russie, annonçant vendredi la levée des sanctions sur l’exportation d’une quantité limitée de diesel russe. Cette mesure a provoqué l’ire de Kiev. D’autant que Donald Trump a mené une nouvelle charge contre son homologue ukrainien.
Dans la foulée, la Maison-Blanche affirmait qu’un cessez-le-feu énergétique était en vigueur entre Moscou et Kiev, sans confirmation côté russe et à l’étonnement du camp ukrainien. L’objectif américain semble assez clair: veiller à ce que la production d’hydrocarbures soit épargnée, pour que le diesel russe arrive sur le marché.
Dépendance européenne
Le président américain n’est pas le seul à s’inquiéter du diesel. Ce lundi, l’Agence internationale de l’énergie demandait aux gouvernements d’accélérer la mise à disposition des stocks stratégiques pour soulager le marché. Pour une raison simple: le diesel est le carburant de l’économie réelle. L’augmentation de son prix alimente l’inflation.
Les quantités promises à Washington par Moscou ne changeront pas la situation. Les chiffres avancés correspondent, au mieux, à une petite semaine de consommation américaine. Mais c’est visiblement assez pour que Donald Trump lâche une nouvelle fois Kiev.
Cette situation, le locataire de la Maison-Blanche y a contribué en lançant une guerre contre l’Iran, dont la riposte a endommagé les infrastructures de raffinage au Moyen-Orient. L’Europe a de quoi être doublement inquiète. Faute d’investissement, le continent perd ses capacités de raffinage et dépend de plus en plus de ses importations.
Fin septembre, les autorités américaines ont démenti tout plan d’interdiction d’exportation du diesel produit aux Etats-Unis. Mais cette idée pourrait refaire surface si Donald Trump estimait qu’elle peut servir ses intérêts politiques.