
Depuis deux ans, Harvey et Legora dominent les discussions autour de l’intelligence artificielle juridique. Leurs valorisations de plusieurs milliards de dollars ont confirmé une chose: l’IA juridique n’est plus une expérimentation, mais une nouvelle infrastructure stratégique pour les cabinets d’avocats et les départements juridiques d’entreprise. Mais derrière cette première vague d’outils, une question émerge déjà: les copilotes juridiques représentent-ils réellement l’aboutissement du marché, ou seulement sa première étape?
La plupart des plateformes actuelles fonctionnent selon la même logique: elles accélèrent le travail du juriste, mais restent dépendantes de son niveau d’expertise. Elles suggèrent, rédigent, résument ou recherchent, mais la qualité finale dépend toujours du professionnel qui les pilote. Un excellent avocat obtiendra un excellent résultat. Un juriste moins expérimenté produira simplement plus vite les limites qu’il avait déjà auparavant. Un copilote assiste l’avocat, tandis qu’un autopilote juridique cherche à guider activement les différentes étapes du travail afin d’assurer un niveau de qualité plus homogène, structuré et sécurisé.
C’est précisément là qu’une nouvelle génération de plateformes entre sur le marché: non plus des copilotes passifs, mais des systèmes juridiques actifs capables de structurer et coordonner l’exécution du travail juridique lui-même. Autrement dit: le passage du copilote à l’autopilote.
Et c’est en Suisse que cette nouvelle étape s’est construite.
A Genève, la société Laine Neural Network a développé depuis fin 2024 une infrastructure juridique qui ne repose pas uniquement sur un grand modèle de langage conversationnel. Aujourd’hui, beaucoup d’outils juridiques fonctionnent comme des interfaces sophistiquées branchées sur des LLM généralistes. Ils restent fortement dépendants du prompting, de l’expérience de l’avocat et de sa capacité à orienter correctement l’outil.
L’approche développée par Laine est différente. La plateforme ne fonctionne pas comme un simple assistant conversationnel auquel l’avocat pose des questions. Elle a été conçue pour guider activement le travail juridique étape par étape, structurer les informations, vérifier la cohérence des documents, appliquer des standards juridiques et coordonner les différentes phases d’un dossier. L’objectif n’est pas simplement de générer du texte plus rapidement, mais de produire un travail juridique plus fiable, cohérent et contrôlé.
Concrètement, le système ne se contente pas de rédiger ou revoir un document. Il accompagne l’utilisateur dans la collecte des informations pertinentes, vérifie la cohérence des clauses, analyse les risques et coordonne les différentes étapes du dossier dans un environnement unique.
Mais la différence la plus importante est peut-être ailleurs: dans la manière dont le travail juridique circule entre les différents acteurs. Aujourd’hui, les copilotes comme Harvey ou Legora restent essentiellement des outils internes au cabinet ou au département juridique d’entreprise. L’avocat travaille dans la plateforme, puis les documents repartent dans des chaînes d’e-mails, des pièces jointes, des plateformes externes de signature ou d’autres systèmes qui fragmentent à nouveau le dossier.
Laine cherche précisément à supprimer cette dispersion. Les cabinets et départements juridiques d’entreprise disposent de leur propre portail connecté à leur environnement Laine, permettant aux clients et aux équipes de transmettre des informations, suivre leurs dossiers, accéder aux documents, signer électroniquement et collaborer dans un espace structuré et sécurisé.
Mais la plateforme va plus loin qu’un simple partage de documents. Elle permet de créer des espaces de travail communs où avocats, clients, contreparties et équipes juridiques peuvent partager documents, recherches, échanges et contexte du dossier dans un environnement unifié et persistant. Là où beaucoup de plateformes restent limitées au périmètre interne d’une organisation, Laine cherche à créer une infrastructure collaborative continue entre tous les participants d’un dossier.
Lorsqu’un document doit être transmis à une contrepartie ou à un client externe, il ne sort plus du système sous forme de pièce jointe. La plateforme génère des guest links sécurisés permettant aux parties externes d’entrer directement dans un environnement transactionnel structuré. Versions, commentaires, négociations et validations restent ainsi dans le même rail opérationnel.
La plateforme génère des guest links sécurisés permettant aux parties externes d’entrer directement dans un environnement transactionnel structuré.
Cette évolution est importante car le véritable défi du marché juridique n’est plus uniquement un problème de productivité. Les cabinets et directions juridiques font aujourd’hui face à une équation économique complexe: les clients exigent davantage de rapidité, de transparence et de prévisibilité, tout en refusant l’explosion des coûts juridiques. Dans le même temps, les cabinets doivent préserver leurs marges, maintenir leur qualité et absorber une complexité réglementaire croissante.
Les outils de première génération répondent partiellement à ce défi en accélérant certaines tâches, mais ils laissent intacte une grande partie des inefficacités opérationnelles qui ralentissent encore les dossiers. Laine cherche précisément à traiter cette couche infrastructurelle en intégrant dans un même environnement la rédaction, la revue, la négociation, la signature électronique, la gestion documentaire, les échanges avec le client et, à terme, un mécanisme performant de résolution arbitrale des différends.
L’autre sujet devenu central pour les professions réglementées concerne les données. Dans le juridique, la question n’est pas uniquement de savoir si un outil est performant, mais aussi où les données sont hébergées, qui y accède et dans quel cadre réglementaire elles circulent. Sur ce point, l’ancrage suisse constitue un élément stratégique important. La plateforme met en avant une architecture pensée autour de la confidentialité, du secret professionnel et de la conservation des données dans des environnements conformes aux exigences des professions juridiques.
Il serait prématuré d’affirmer aujourd’hui que les copilotes juridiques vont disparaître. Harvey, Legora et les autres acteurs ont ouvert un marché immense et transformé durablement les attentes du secteur. Mais une chose devient de plus en plus visible: le marché juridique évolue progressivement d’outils isolés vers des infrastructures intégrées capables d’orchestrer l’ensemble du travail juridique. C’est précisément pour répondre à cette transformation que Laine a été conçu: résoudre une équation longtemps considérée comme presque mathématiquement impossible, permettre aux clients et aux entreprises d’obtenir des services juridiques plus rapides, plus transparents et économiquement plus accessibles, tout en permettant simultanément aux cabinets d’améliorer leur efficacité opérationnelle, de réduire leurs coûts structurels et de renforcer leurs marges. Ce qui paraissait jusqu’ici économiquement irréconciliable devient désormais technologiquement possible.
Et dans cette transition, la Suisse qui est connue pour la qualité de ses avocats et de ses arbitres pourrait bien jouer un rôle international plus important qu’on ne l’imagine aujourd’hui.