
ÉDITORIAL. Alors que la guerre en Iran se prolonge, Donald Trump cherche la parade pour contenir les prix de l’essence. Car il sait que les élections de mi-mandat pourraient se jouer à cette aune
Début 2024, Le Temps signalait que le pouvoir d’achat allait jouer les faiseurs de rois dans les échéances électorales à venir. Sans surprise, c’est lui qui a couronné Donald Trump après des mois d’inflation due à la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine, couplée à des effets post-pandémiques.
Ne voyez aucun génie dans cette prédiction tant il est de notoriété publique que les électeurs votent avec leur porte-monnaie, en premier lieu outre-Atlantique. Ce n’est pas pour rien que les démocrates ont placé depuis plusieurs mois la contre-attaque sous le thème de l’affordability (l’accessibilité). On ne peut donc manquer de s’étonner que le président américain se soit aventuré dans une guerre qui a pour principale conséquence de faire s’envoler le prix de l’essence.
Sans doute avait-il sous-estimé le pouvoir de nuisance d’un régime iranien qui n’a plus rien à perdre. Toujours est-il que depuis le début du conflit, avec sa garde rapprochée, il cherche la parade pour contenir les prix à la pompe. Si elle a dû renoncer à influencer le prix de l’or noir sur les marchés financiers, l’administration américaine a ouvert ses réserves stratégiques d’hydrocarbures, allégé temporairement ses sanctions sur le pétrole russe et annoncé il y a cinq jours suspendre pour deux mois le Jones Act. Adoptée en 1920, cette loi oblige les bateaux qui opèrent des livraisons entre deux ports du pays à battre pavillon américain, ce qui peut augmenter les prix.
Pour l’heure, ces mesures restent vaines. Raison pour laquelle le républicain tente de déverrouiller le détroit d'Ormuz, dont le blocage prive la planète d’un cinquième de la production mondiale de pétrole.
Une course contre la montre
En novembre, face à l’explosion du prix du mug de café vendu à l’emporter, autre symbole de l’American way of life, le locataire de la Maison-Blanche n’avait pas hésité à exempter ce produit de droits de douane. Pour l’heure, Donald Trump tente de calmer le jeu en faisant miroiter une sortie de conflit imminente. Même les acteurs des marchés financiers paraissent dubitatifs: après un fort repli des cours, ceux-ci sont repartis à la hausse mardi dans la journée.
Il faudra plus que des paroles au président pour s’extirper du guêpier dans lequel il s’est fourvoyé. S’il ne trouve pas rapidement une porte de sortie honorable, il sait qu’il va compromettre les chances de son parti aux élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre. Car à ce jour, une seule chose est sûre: s’il est un langage que les Américains comprennent parfaitement, c’est celui du compte en banque. Les exercices d’autosatisfaction économique que Donald Trump affectionne tant risquent de se heurter à cette réalité.