
ÉDITORIAL. Habitué à conspuer le modèle chinois, basé sur l’exportation, l’Occident a tendance à oublier à quel point celui-ci a contribué à contenir l’inflation pendant trente ans
Donald Trump songe à lever tout ou partie des droits de douane imposés aux importations d’acier et d’aluminium aux Etats-Unis. Révélé jeudi par le Financial Times, le projet est encore à mettre au conditionnel mais surprend peu. Il s’inscrit dans la lutte contre l’inflation que le président américain a engagée, alors que les taxes de 50% ou plus frappant ces matériaux ont fait flamber le prix des machines à laver ou des boîtes de conserve.
Alors que les démocrates cherchent à imposer l’affordability comme thème phare de la campagne en vue des élections de mi-mandat, le républicain a fait son choix: le pouvoir d’achat l’emporte sur le bras de fer engagé avec la Chine, principale cible de la guerre commerciale déclenchée en 2015. Pourtant, Donald Trump est de moins en moins seul dans sa croisade contre Pékin. Vendredi, la directrice de l’Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala, a ainsi sommé la deuxième économie mondiale, qui a dégagé un excédent commercial record en 2025, de revoir son modèle basé sur les exportations, ne le jugeant pas «soutenable à terme».
Un délicat rééquilibrage
Le cas de l’acier rappelle que le rééquilibrage commercial n’est pas indolore et peut même se révéler coûteux. En vouant aux gémonies l’agressivité industrielle de la Chine, on tend à oublier que celle qu’on avait baptisée l’«usine du monde» a «subventionné» l’Occident pendant un bon quart de siècle, entraînant une progression de pouvoir d’achat phénoménale.
De la part des entreprises, cette stratégie basée sur une main-d’œuvre abondante et bon marché reposait sur un mélange de nécessité, de naïveté – croire que les Chinois ne monteraient pas en gamme – mais aussi de cupidité. Derrière ces considérations se tapissait aussi un calcul: celui de voir émerger une véritable classe moyenne chinoise synonyme d’eldorado commercial pour des produits occidentaux à haute valeur ajoutée.
Accroché au pouvoir depuis treize ans, le président Xi Jinping a douché ces espoirs, amenant l’Amérique et l’Europe à prendre conscience de leur vulnérabilité. Habituée pendant trente ans à des prix stables voire en recul, la population de ces contrées a, elle, redécouvert avec angoisse les affres de l’inflation après la pandémie. Un aperçu seulement de ce que coûterait un découplage brutal avec la Chine. Le phénomène est probablement aussi bien souhaitable au niveau économique qu’écologique mais il n’en reste pas moins un poison électoral. Une réalité dont Donald Trump est le premier à avoir conscience.