
Souvent réduit à une affaire de rythme, d’écrans ou d’hygiène de vie, le sommeil dépend aussi très concrètement du logement. Bruit, chaleur, lumière, ventilation, literie ou agencement de la chambre façonnent nos nuits bien plus qu’on ne l’imagine
On ferme la porte de la chambre comme on tirerait un rideau sur le monde. Le corps réclame le silence, la pénombre, une forme de retrait. Mais la ville, elle, ne dort jamais tout à fait. Un scooter traverse la rue, une conduite sanitaire vibre derrière une cloison, un volet laisse passer le halo d’un lampadaire, la chaleur accumulée dans les murs tarde à s’échapper. Parfois, le sommeil – que l’on aborde le plus souvent comme une affaire médicale, physiologique ou comportementale – se perd dans le bâti.
Pour Raphaël Heinzer, professeur associé et médecin-chef du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil (CIRS) du CHUV, le logement n’est pourtant pas un élément secondaire dans les problématiques de repos. Le sujet est d’autant plus sensible que le sommeil est devenu un enjeu sociétal majeur, dans un contexte où nos nuits tendent à se raccourcir. «Elle a un impact très important», dit-il à propos de la qualité de l’environnement domestique. Les principaux ennemis de notre récupération? «La lumière, le bruit et la chaleur», auxquels il ajoute l’organisation interne du logement et l’environnement du quartier. Mais tous les dormeurs et toutes les dormeuses ne réagissent pas de la même manière. Certains tolèrent une rue animée, d’autres se réveillent au moindre grincement. Reste une constante: «Le bruit est vraiment l’un des fléaux de notre société, particulièrement en ville.»
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