
Certains écrivains nous font voyager avec une précision si troublante qu’on en oublierait qu’ils ne sont parfois jamais allés sur place. De quoi interroger l’importance du déplacement pour découvrir le monde. Une ode aux «voyageurs casaniers»
On dit pudiquement de l’écrivain bourlingueur chaux-de-fonnier Blaise Cendrars que «son génie du rêve s’est peu à peu transmué en acte d’écrire». Une manière élégante de suggérer qu’il entretenait une relation pour le moins souple avec la vérité. Reconnu pour la force de ses récits de voyage, il apparaît en effet qu’une partie de son œuvre relève davantage de l’imagination que de l’expérience vécue.
Son poème La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, qui décrit un périple sur le plus long réseau ferré du monde – plus de 9000 kilomètres reliant Moscou à Vladivostok – serait ainsi moins le fruit d’un trajet réel qu’une construction mentale. Aux critiques qui lui reprochaient cette liberté prise avec les faits, Cendrars répondait avec une désarmante simplicité: «Qu’est-ce que ça peut te faire, puisque je vous l’ai fait prendre à tous!» Prouvant au passage qu’il est possible de nous faire voyager sans quitter la gare.
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