
COMMENTAIRE. Autrefois symbole de fiabilité, Nestlé vacille face aux crises et scandales. La nouvelle équipe dirigeante promet stabilité et croissance, mais regagner la confiance des consommateurs reste un défi majeur pour le géant veveysan
Pendant longtemps, Nestlé a été perçue comme une entreprise synonyme de prévisibilité et de fiabilité, tant dans sa capacité à satisfaire consommateurs et actionnaires que par la stabilité de ses instances dirigeantes. Cette image a cependant volé en éclat. Le tournant décisif a été la guerre en Ukraine, qui a provoqué une flambée de l’inflation et des prix des matières premières, un choc auquel Nestlé a réagi avec retard.
Depuis, scandales et contre-performances se sont succédé: l’affaire des pizzas contaminées Buitoni, le traitement illégal des eaux minérales en France, ou encore le licenciement de deux directeurs en l’espace d’une année. Le modèle Nestlé vacille. L’arrivée du duo Philippe Navratil à la direction et Pablo Isla à la présidence semble avoir remis le groupe sur de bons rails. Mais Nestlé a déçu trop souvent ces dernières années pour ne pas rester prudent.
La présentation jeudi de la mise à jour stratégique et des résultats annuels a visiblement rassuré les investisseurs. Nestlé a choisi de ne pas bouleverser ses fondamentaux, et il reste difficile de prédire à quoi va ressembler le groupe dans dix ans. La disparition de la division Nestlé Health Science, sur laquelle la multinationale fondait pourtant de grands espoirs, montre que les grandes orientations stratégiques du passé peuvent s’achever brutalement.
Une marge de manoeuvre financière amoindrie
Pourtant, Nestlé semble avoir trouvé sa «solution magique» face aux défis: la croissance. Dans un entretien fin 2025 à Finanz une Wirtschaft, Philippe Navratil affirmait que «la croissance résout presque tous les problèmes: elle génère du profit, absorbe les coûts fixes, fournit du cash et permet de conquérir des parts de marché». Mais ce remède exige patience et investissements: regagner la confiance des consommateurs ne se fera pas du jour au lendemain.
Par ailleurs, la marge de manœuvre financière de la multinationale veveysanne reste limitée. Nestlé s’est fortement endettée, notamment pour financer de coûteux programmes de rachat d’actions. Dans le secteur alimentaire, le groupe doit également faire face à la concurrence croissante des marques de distributeurs, de plus en plus plébiscitées. Au-delà de ces défis, il est surtout crucial de rompre avec la spirale inédite de nouvelles négatives qui a frappé l’entreprise ces deux dernières années, le dernier épisode en date étant le rappel de laits infantiles contaminés. Philipp Navratil en est le premier conscient.