
ÉDITORIAL. Les exportations suisses vers les Etats-Unis sont frappées d’une taxe de 12,5%. Mais une seconde enquête, et de potentielles nouvelles taxes, est attendue. Lésée par rapport à l’UE, l’économie suisse va devoir naviguer dans l’incertitude
On peut voir le verre à moitié plein: au lendemain de l’annonce de nouvelles surtaxes américaines visant 60 économies, la Suisse ne semble pas plus mal traitée que la plupart des autres pays. Avec 12,5% de droits de douane prélevés sur ses exportations vers les Etats-Unis, elle est placée dans le même panier que la Chine, pourtant désignée comme le principal concurrent par Washington. De quoi faire sourire jusqu’à Pékin, où nul n’ignore que cette offensive justifiée au nom de la lutte contre le travail forcé était à l’origine une mesure visant spécifiquement la Chine, accusée de longue date de maintenir cette pratique, en particulier au détriment de sa minorité ouïgoure.
Peu importe le prétexte d’ailleurs. Après le camouflet infligé par sa Cour suprême, l’administration américaine devait trouver une parade réglementaire pour poursuivre ses guerres commerciales. Elle invoque désormais un texte de 1974. Une seconde enquête sur de supposées «surcapacités industrielles» des partenaires commerciaux des Etats-Unis pourrait bientôt allonger la facture. Autant de coups de canif aux règles de l’OMC. Pour Donald Trump, le droit international est caduc, seuls comptent les intérêts de l’Amérique. Cela vaut aussi – en fait d’abord – pour l’économie. Fini le libre-échange, le nouveau monde protectionniste prévaut, du moins celui de Donald Trump.
Même Taïwan s’en sort mieux
Dans le détail, il faut toutefois bien voir le verre à moitié vide. Car la Suisse est prétéritée par rapport à ses principaux concurrents, à savoir ses voisins. Le bloc de l’Union européenne s’en sort mieux, en effet, avec 10% de taxe, tout comme le Royaume-Uni. Même Taïwan, dont les surplus commerciaux avec Washington sont spectaculaires, est mieux traité. Berne a beau rejeter les reproches de l’administration américaine et s’accrocher à l’objectif d’un accord juridiquement contraignant, acté en novembre par une déclaration d’intention conjointe, le fait est que l’incertitude planant sur le cadre d’échange avec son premier marché extra-européen reste totale.
Ceux qui comptent sur l’échéance des élections de mi-mandat pour y voir plus clair avec l’espoir d’un rééquilibrage du pouvoir aux Etats-Unis vont devoir déchanter. Donald Trump, dont l’immixtion dans les négociations commerciales est patente à la lecture de son communiqué du 23 juillet, va continuer d’exercer un arbitraire décomplexé à l’égard des partenaires des Etats-Unis. Ce trait d’absolutisme pourrait même se renforcer en cas de défaite de son camp. La place économique suisse, dont le poids en fait une puissance moyenne exposée, a tout à craindre de son isolement politique. Dans ce contexte, la dernière chose à faire serait de se brouiller avec ses voisins. Alors que le parlement traîne les pieds, il est d’autant plus urgent de boucler les négociations bilatérales.