
L’enquête menée par le cabinet d’avocats zurichois Homburger sur la gestion du WEF par son fondateur Klaus Schwab n’est pas terminée. Mais la «Sonntagszeitung» a pu en lire déjà quelques extraits. L’épouse du patron du WEF n’est pas épargnée
Hilde Schwab, épouse de Klaus Schwab, fondateur du Forum économique de Davos (WEF), a engendré des frais d’environ 900 000 francs à travers ses voyages en qualité de présidente de la Fondation pour l’entrepreneuriat social au cours des dix dernières années. Or bien que cette fondation soit une entité juridiquement séparée du WEF, c’est ce dernier qui a réglé la facture. C’est l’une des conclusions de l’enquête en cours menée par le cabinet d’avocats zurichois Homburger dont la Sonntagszeitung a pu prendre connaissance.
Hilde Schwab n’a pas de fonction officielle au sein du Forum économique de Davos, lequel n’est censé offrir qu’une garantie de déficit à ladite fondation. Cette confusion dans l’utilisation des ressources du WEF a été mise en lumière par Homburger. Même l’Autorité fédérale de surveillance des fondations, qui a été informée du cas à la fin avril, s’intéresse à la question.
Des pratiques discutables concernant le Rapport mondial sur la compétitivité
Le cabinet Homburger met aussi en évidence, selon la Sonntagszeitung, des pratiques pour le moins contestables par rapport au Rapport mondial sur la compétitivité (GCR), une étude comprenant 110 variables et reposant sur un sondage auprès de 13 500 participants en provenance de 142 pays. Le fondateur du WEF a entrepris des modifications substantielles dans le classement des pays en fonction de leur degré de compétitivité, selon Homburger. Deux exemples: dans le GCR de 2017-2018, l’Inde avait perdu plus de 20 places dans le classement et le Royaume-Uni avait amélioré sa position de sept rangs. Cet état de fait n’a pas semblé plaire à Klaus Schwab qui envoya aux responsables du rapport mondial un courriel précisant: «Nous devons protéger nos relations avec l’Inde avant Davos 2019.» Il voulait ainsi éviter que le premier ministre indien Narendra Modi annule sa visite dans la station grisonne. Quant au Royaume-Uni, le GCR ne devrait pas indiquer une amélioration de son classement, car celui-ci pourrait «être exploité par le camp pro-Brexit».
«Insulte à ma réputation académique»
Selon l’enquête du cabinet Homburger, Klaus Schwab a partagé une première version confidentielle et non publiée du rapport mondial sur la compétitivité avec le représentant d’un gouvernement. Or, cette version indiquait que le pays en question avait chuté dans le classement par rapport à 2019. «Après une conversation téléphonique entre le professeur Schwab et le représentant gouvernemental, le premier a conseillé à la direction [du GCR] de ne pas publier le rapport et de repenser l’approche» adoptée pour le rédiger.
Ces faits, racontés par le cabinet Homburger, reprennent en partie les accusations du lanceur d’alerte qui avait révélé ce type de pratiques. Il accusait le fondateur du WEF d’avoir partagé les conclusions intermédiaires du GCR à un représentant gouvernemental d’un pays arabe et d’avoir atténué les conclusions du rapport envers ce même Etat. Klaus Schwab s’en est défendu, reconnaissant que certains gouvernements l’avaient contacté pour apporter des corrections au document. Il avait ensuite fait la déclaration suivante: «Mais de considérer cela comme une manipulation, c’est une insulte à ma réputation académique.» Il fut ensuite décidé de ne plus publier le GCR.
Le Conseil de fondation du WEF aurait dû se réunir mardi dernier, mais la séance a été renvoyée. L’enquête du cabinet Homburger n’est pas encore terminée; elle devra l’être avant la fin août, date à laquelle les invitations pour le Forum économique de Davos 2026 commenceront à être envoyées.