
L’activiste américain conteste toujours la gouvernance du groupe horloger biennois et critique ses performances financières. Elu comme représentant par les actionnaires au porteur, il s’est heurté au groupe de contrôle emmené par la famille Hayek
«Ce n’est pas encore une révolution, mais symboliquement un petit pas a été fait en direction des actionnaires minoritaires.» Cette vue apaisée est celle d’Anick Baud, gestionnaire de fonds et spécialiste des entreprises familiales chez le gérant indépendant Bruellan, à Genève. Et c’est sans doute la meilleure manière de clore l’assemblée générale que Swatch Group a tenue ce mardi. Il s’agissait d’une séance ordinaire et l’issue était évidemment très prévisible. Même le titre a bien réagi, prenant quelques couleurs ( 2,7% à 207 francs en fin de séance) dans un marché baissier.
Le «petit pas» évoqué par Anick Baud est l’arrivée d’un nouvel administrateur indépendant au sein du conseil d’administration, en la personne d’Andreas Rickenbacher, ancien conseiller d’Etat bernois socialiste. La «révolution», si elle avait eu lieu, aurait été d’un autre acabit.
Le bloc de contrôle reste impénétrable
Le contexte est connu depuis maintenant plus d’un an: l’investisseur américain Steven Wood, créateur du fonds GreenWood, tente d’entrer au conseil d’administration de Swatch Group. L’argumentaire est facile à dresser après la baisse significative des résultats de l’horloger biennois, qui a terminé 2025 sur un résultat net de 25 millions de francs, à la limite du seuil de rentabilité.
Steven Wood s’était présenté à l’assemblée générale de 2025 et sa candidature avait été largement rejetée par le groupe d’actionnaires emmené par la famille Hayek (qui pèse près de 26% du capital et 44% des droits de vote). Il est revenu en 2026, comme candidat cette fois pour le siège de représentant des actionnaires au porteur — Swatch Group possède deux catégories d’actions, chacune doit être représentée au conseil d’administration.
L’élection d’un tel représentant a été inscrite à l’ordre du jour et le vote s’est tenu en deux tours, conformément à la bonne pratique en la matière: dans un premier temps seuls les actionnaires au porteur se prononcent, dans un second temps, le vainqueur se présente au conseil d’administration et doit être élu en plénum. Deux candidats étaient en lice: Steven Wood et Andreas Rickenbacher.
Le plébiscite des actionnaires au porteur
L’Américain a obtenu un score sans appel, avec 80,6% de voix en sa faveur. Un véritable plébiscite face à son concurrent, qui n’a obtenu que 40%. Au second tour, lors de l’élection au conseil d’administration, le plénum en a décidé tout autrement. La candidature de Steven Wood a été balayée par 79,6% de votes négatifs. Andreas Rickenbacher est, quant à lui, monté au conseil d’administration, avec 92,2% de voix en sa faveur.
La question du représentant des actionnaires au porteur a aussi été réglée à ce moment-là. C’est une nouvelle fois Jean-Pierre Roth, ex-président de la Banque nationale suisse et administrateur de Swatch Group depuis 2010, qui assurera cette fonction, jusqu’à la prochaine assemblée générale ordinaire.
La question est maintenant de savoir comment Steven Wood entend réagir. Le Temps a tenté de le contacter et a reçu en retour cette citation par courriel à propos de ses 80% de voix de soutien: «Ce vote montre clairement que les actionnaires, qui détiennent 75% de ce groupe, souhaitent avoir leur mot à dire au sein du conseil d’administration, et nous restons déterminés à faire respecter les droits des actionnaires.»
L’impression que les choses bougent
Cela implique peut-être une nouvelle procédure juridique, qui s’ajoutera à celle que l’activiste a déjà engagée pour contester son éviction en 2025. L’investisseur a fait plusieurs interventions par téléphone lors de l’assemblée générale, avec un message simple adressé à la présidente, Nayla Hayek: «Je vous demande, s’il vous plaît, d’arrêter d’ignorer vos actionnaires minoritaires.» Sur le moment, elle s’est contentée de remercier Steven Wood pour son intervention.
En réalité, la question n’est pas nouvelle et la famille Hayek en a fait un leitmotiv, hérité du père, Nicolas, cité par sa fille Nayla dans son introduction: «Nous vendons des montres, pas des actions.»
Aux yeux d’Anick Baud, tout est pourtant lié: «Le conseil d’administration a une certaine responsabilité vis-à-vis des actionnaires. L’arrivée d’un administrateur totalement indépendant permettrait de revaloriser le titre. La famille Hayek doit l’entendre et j’ai l’impression que les choses sont en train de bouger. La perception du groupe va changer quoi qu’il en soit. Et ça, c’est quand même grâce à Steven Wood.» Elle en veut pour preuve l’évolution positive du titre, qui est remonté de plus de 60% depuis juin 2025, «avec beaucoup de volume d’échanges sur le titre depuis quelques jours».
Peut-être est-ce aussi un effet de la collaboration entre Swatch et Audemars Piguet, qui fait tellement parler d’elle depuis une semaine, comme l’a rappelé Nick Hayek, dirigeant de Swatch Group en introduction de l’assemblée générale: «Depuis le 6 mai, notre nouveau produit, la Royal Pop, provoque une frénésie sur les réseaux sociaux, avec plus de 2,5 milliards de messages échangés alors que nous n’avons même pas diffusé de communiqué de presse. C’est une chance énorme d’amener la nouvelle génération vers l’horlogerie, luxe ou pas luxe.»