
Le CEO du Forum de Davos se trouve toujours plus sous pression dans le cadre des échanges de mails avec Jeffrey Epstein. La direction du WEF a ouvert une enquête, tandis que le fondateur Klaus Schwab conteste des allégations du directeur
Au printemps 2018, Borge Brende, directeur du Forum de Davos et ex-ministre depuis un an, a participé à un premier dîner, sur trois, dans l’appartement de Jeffrey Esptein à New York. «Cher Jeff, merci beaucoup pour le dîner très intéressant de jeudi. Tu es un hôte formidable. Cordialement, Borge (de retour à Genève).» A plusieurs reprises, Jeffrey Epstein a demandé à Borge Brende dans quelle ville il se trouvait et s’ils pouvaient se rencontrer, raconte la NZZ.
Le journal zurichois indique que les responsables du Forum de Davos ont ouvert une enquête sur leur propre CEO, concernant ses relations avec le pédocriminel qui s’est suicidé en 2019. L’organisation n’en dit pas plus: «Pour l’instant, ni le WEF ni Borge Brende ne feront d’autres déclarations tant que l’enquête indépendante menée par des conseillers juridiques externes ne sera pas terminée.»
Un entretien avant le Forum de janvier 2026: Borge Brende, CEO du WEF: «Le plus grand risque est l’escalade complète vers une guerre, une grande guerre»
«Chaque fois que je verrai Miss Piggy, je penserai à toi»
Selon les analyses conduites sur les milliers de documents publiés vendredi dernier, le nom de l’ancien ministre norvégien des Affaires étrangères apparaît des dizaines de fois. Un élément sensible raconté par le journal réside dans le fait qu’en 2019, Jeffrey Epstein a lui-même envoyé à Borge Brende un lien sur un article du New York Times qui traitait des accusations portées contre lui. Par la suite, Borge Brende a déclaré aux médias norvégiens qu’il n’avait pas ouvert le lien. Mais dans l’historique de la conversation, il avait réagi par un «pouce levé».
Les médias relatent encore une discussion par mail, assez décousue, le 16 juin 2019. Le prédateur envoie alors une photo d’une femme blonde à l’ancien ministre, que plusieurs médias ont lié à Sara Netanyahou, l’épouse du premier ministre israélien. Celui-ci répond: «J’avais raison, n’est-ce pas?» Puis: «Très drôle.» Jeffrey Epstein réplique: «Mauvaise nouvelle. Chaque fois que je verrai Miss Piggy, je penserai à toi.»
Là aussi, Borge Brende a déclaré aux médias norvégiens qu’il ne se souvenait pas de la conversation. Il a récemment écrit à son conseil de fondation pour se défendre: «Si j’avais connu les antécédents d’Epstein, je n’aurais jamais souhaité être présenté à quelqu’un comme lui. Je ne savais rien de ses activités criminelles et de son passé.» Il regrette profondément de ne pas s’être renseigné. «Après avoir appris davantage sur ses crimes, je ne ressens que de la compassion pour les victimes. Epstein était un monstre.»
Klaus Schwab s’en mêle
L’affaire se complique par le fait que le Borge Brende assure avoir informé la direction du WEF après l’inculpation de Jeffrey Epstein, le 6 juillet 2019. Mais à Blick, le fondateur du Forum Klaus Schwab conteste cette déclaration: «Je m’en serais souvenu. Je n’aurais jamais approuvé cela», affirme-t-il, lequel menace d’intenter une action en justice si Borge Brende maintient sa version des faits.
Pour ce dernier, la pression s’accroît rapidement, ces jours. Le week-end passé, des médias ont indiqué que l’Autorité fédérale de surveillance des fondations s’intéresse aux rémunérations de la direction du WEF. En premier lieu, celle du CEO, estimée à 1,9 million de dollars. Le Temps s’était déjà interrogé dans une enquête en septembre sur la conformité des rémunérations dans une institution qui se vante de constituer un modèle de gouvernance.