L'Union européenne va appliquer provisoirement l'accord avec le Mercosur, la France irritée
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a annoncé vendredi que l'accord commercial entre les pays du Mercosur et les Etats membres de l'UE entrerait en vigueur de façon provisoire, malgré l'opposition de la France. Emmanuel Macron dénonce une «mauvaise décision»
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé vendredi que l'Union européenne allait appliquer de façon provisoire l'accord commercial avec les pays du Mercosur, en dépit des fortes réserves exprimées par la France. Une décision qualifiée de «mauvaise surprise» par Emmanuel Macron. Le président français y voit également «une mauvaise manière» du Parlement européen.
«Au cours des dernières semaines, j'ai échangé sur cette question de manière approfondie avec les Etats membres et les élus du Parlement européen. Sur cette base, la Commission va désormais procéder à l'application provisoire», a déclaré Ursula von der Leyen lors d'une courte allocution à la presse.
Les pays latino-américains du Mercosur et l'Union européenne ont signé mi-janvier ce traité, créant l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde. Cet accord doit permettre à l'UE d'exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l'Amérique latine tout en facilitant l'entrée en Europe de viande bovine, volailles, sucre, riz, miel et soja sud-américains. Pour ses détracteurs, cela va toutefois bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants.
Mais l'application de ce traité, vivement dénoncé par certains agriculteurs, notamment en France, avait été suspendue après un vote d'eurodéputés. Ces élus avaient saisi la justice de l'UE afin de vérifier que l'accord avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay était bien conforme aux traités européens, une procédure censée prendre plusieurs mois. La Commission européenne avait toutefois la possibilité d'appliquer l'accord de façon temporaire, après sa ratification par de premiers pays du Mercosur, ce que l'Argentine et l'Uruguay ont fait jeudi. Fervent partisan de l'accord, le chancelier allemand Friedrich Merz avait réclamé cette application temporaire, à laquelle la France est fermement opposée.
«La Commission européenne a fait le choix unilatéral d'appliquer provisoirement l'accord avec le Mercosur, alors même que le Parlement européen ne l'a pas voté. Elle assume ainsi une très lourde responsabilité», a protesté Emmanuel Macron lors d'une déclaration au côté du Premier ministre slovène Robert Golob à Paris. «C'est une grande responsabilité vis-à-vis des agriculteurs qui ont exprimé leurs inquiétudes et pour lesquelles les Européens n'ont pas encore apporté la visibilité nécessaire», a ajouté le président français, jugeant que cette décision renforçait «leur incertitude». «C'est aussi une grande responsabilité vis-à-vis des citoyens européens et de leurs représentants qui n'ont pas été dûment respectés», a-t-il encore dénoncé.
Le chef d'Etat a promis de veiller à faire en sorte que «ce que nous avons durement négocié durant ces derniers mois soit respecté» en matière de règles pour encadrer les échanges agricoles avec le Mercosur. «Nous serons intraitables sur le respect de ces règles, parce que notre Europe a beaucoup alourdi les règles sur nos producteurs ces dernières années. Et donc je ne défendrai jamais un accord qui est laxiste à l'égard de ce qu'on importe et dur à l'égard de ce qu'on produit chez nous, parce que c'est incohérent pour le consommateur européen et c'est criminel pour la souveraineté européenne», a encore affirmé Emmanuel Macron.
«L'application provisoire est, par nature, provisoire», a défendu Ursula von der Leyen, s'engageant à continuer à dialoguer avec les responsables et élus européens au cours des prochains mois sur ce dossier.
La Commission, comme la majorité des Etats européens, sont favorables à ce traité de libre-échange. Tous soulignaient la nécessité de mettre en oeuvre l'accord le plus vite possible, particulièrement au moment où le président américain Donald Trump agite la menace de nouveaux droits de douane contre l'Europe. En Suisse, le Parlement doit encore traiter de l'accord signé en septembre dernier entre le Mercosur et l'AELE, dont la Confédération est membre.
À l'inverse de la France, l'Allemagne a salué la décision de la Commission européenne. Son ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a qualifié l'accord d'«historique». «C'est l'heure de l'Europe (...), les entreprises et les citoyens des deux continents peuvent enfin bénéficier d'une plus grande prospérité et d'une croissance accrue», a-t-il félicité dans un message sur X.
L'Espagne, également, «soutient» la position de l'UE. «Dans un monde toujours plus incertain, l'Europe ne peut pas se permettre de rester à la traîne. L'accord avec le Mercosur est un grand pas dans la feuille de route de l'UE pour devenir plus autonome et plus résiliente», a justifié le ministre espagnol de l'Économie, Carlos Cuerpo, cité dans une déclaration transmise à l'AFP.