
La banque zurichoise continue de mettre de l’ordre dans sa comptabilité, après les pertes sur crédit essuyées suite à la déchéance du magnat de l’immobilier autrichien René Benko. Les investisseurs n’apprécient pas
L’action de la banque Julius Baer s’enfonce en Bourse ce lundi. Le titre est plombé par une nouvelle provision pour pertes sur prêts à l’issue d’une revue de son portefeuille de crédits qui l’amène à tailler dans des prêts dans l’immobilier résidentiel et commercial.
La banque suisse spécialisée dans la gestion de fortune, en pleine transformation depuis l’arrivée aux commandes en janvier d’un nouveau directeur général, va inscrire dans ses comptes une provision de 149 millions de francs, a-t-elle annoncé dans un communiqué lors d’un point sur son activité sur dix mois.
Compte tenu de ce correctif de valeur, mais aussi de la cession fin mars de ses activités au Brésil, la banque s’attend à un bénéfice net pour 2025 inférieur à celui de l’année précédente, précise-t-elle dans le communiqué, son nouveau directeur, Stefan Bollinger, tenant à rappeler que 2025 doit être «une année de transition».
Les reliques du passé
A 11 heures, l’action, qui a perdu plus de 5% dans la matinée, chutait de 3,88% à 56,23 francs, à contre-tendance du SPI, l’indice élargi de la Bourse suisse, en hausse de 0,05%. En mai, cette banque avait lancé une revue de ses activités de crédits qui est maintenant achevée, précise le communiqué. La banque va en conséquence réduire la voilure dans un sous-ensemble de prêts, principalement dans l’immobilier résidentiel et commercial, détaille-t-elle.
Cette revue des activités de crédits «nous permet de mettre les questions héritées du passé derrière nous et de tourner la page», a déclaré le nouveau directeur général aux journalistes lors d’une conférence téléphonique.
L’établissement financier a été secoué par l’effondrement en 2023 de l’empire immobilier autrichien Signa, à l’époque à la tête de plusieurs chaînes de grands magasins en Europe et copropriétaire de l’Empire State Building à New York, à qui elle avait accordé plusieurs prêts.
Actifs gestion à un niveau record
La provision annoncée est toutefois «étonnamment élevée», a réagi Ausano Cajrati Crivelli, analyste à la banque cantonale de Zurich. Il considère néanmoins cette revue du portefeuille de crédits comme une étape «positive», à partir de laquelle Julius Baer devrait pouvoir «se redresser», écrit-il dans une note de marché.
Pour les dix premiers mois de 2025, la banque a fait état d’actifs sous gestion record, à 520 milliards de francs sous l’effet de l’envolée des marchés boursiers. Par comparaison, les analystes interrogés par l’agence suisse AWP les attendaient en moyenne à 505 milliards de francs.
Les entrées de nouveaux capitaux se sont en revanche situées en dessous des prévisions, à 11,7 milliards de francs, contre 13 milliards attendus. Dans un commentaire boursier, Andreas Venditti, analyste chez Vontobel, juge ces «résultats mitigés», mais note «une amélioration significative» au niveau du contrôle des coûts.
Sur dix mois, son coefficient d’exploitation – un indicateur qui compare les charges d’exploitation (dont les frais de personnel) aux revenus – a été ramené à 66%, contre 71% sur l’ensemble de l’exercice 2024. Il s’est même «nettement amélioré» entre juillet et septembre, puisqu’il a été réduit à 63% durant cette période, souligne l’analyste.