
REVUE DE PRESSE. En raison de la guerre en Iran, les annonces de suppressions de vols et de hausse des prix des billets se sont succédé ces dernières semaines. Ce samedi, la compagnie low-cost américaine Spirit Airlines a cessé ses activités. Pour les médias, l’industrie fait face à un «test de résistance global»
«Tous nos vols sont annulés et notre service clientèle n’est plus disponible.» Ce samedi, c’est avec ce message placardé sur ses bornes de check-in dans les aéroports et sur son site internet que la compagnie d’aviation Spirit Airlines a pris congé de ses passagers. Terrassé par la crise énergétique, ce pionnier du low-cost aux Etats-Unis a annoncé la fin de ses activités après 34 ans d’existence, laissant 17 000 employés sur le carreau. Certes, il ne s’était jamais vraiment remis du covid: malmené par la concurrence, il avait accumulé des milliards de dollars de déficit au cours des dernières années. Mais la flambée des prix du kérosène a précipité sa chute, sans qu’une tentative de sauvetage du gouvernement ces dernières semaines ne puisse rien y faire.
La guerre en Iran de Donald Trump fait donc «sa première victime dans le secteur», constate Reuters, qui rappelle que les prix du kérosène ont doublé depuis le début du conflit il y a deux mois. «La crise du kérosène se transforme en véritable désastre pour les compagnies aériennes», qui augmentent leurs tarifs et réduisent leur liaison pour tenter d’encaisser le choc, écrit le Wall Street Journal.
«Les vacances de beaucoup de gens seront touchées»
En raison de leur modèle qui leur donne moins de marge pour supporter des hausses de coûts, les compagnies low-cost sont particulièrement sous pression, même si les finances des grands groupes sont également mises à mal. En avril, American Airlines a estimé que ses frais de carburant allaient augmenter de 4 milliards de dollars et a averti qu’elle pourrait enregistrer des pertes en 2026. «Il s’agit d’un revirement radical pour des entreprises qui avaient débuté l’année 2026 en prévoyant que la demande en voyages leur permettrait de réaliser d’importants bénéfices et en annonçant des projets d’extension de leurs réseaux», ajoute le quotidien new-yorkais. Alors que les menaces de pénurie se rapprochent, en particulier en Europe, elles affrontent un «test de résistance global», écrit de son côté CNBC.
Dans ce contexte tendu, Le Monde revient sur la vague d’annulations de vols, «inédite depuis la pandémie de Covid-19», qui laisse «les passagers entre frustration, embarras et colère». «Le carburant d’aviation représentait un gros quart des coûts des compagnies aériennes lorsqu’il revenait à 800 dollars la tonne. Il constitue aujourd’hui, à 1500 dollars la tonne environ, presque la moitié de leurs frais. Conséquence: de très nombreux transporteurs ont décidé de réduire leurs programmes, supprimant les avions peu remplis ou peu rentables. Dernier cas en date, Transavia (filiale d’Air France-KLM) a annoncé, dimanche 26 avril, la suppression de 2% de ses vols en mai et juin.»
«Ce n’est pas inhabituel pour les transporteurs d’ajuster leurs plans de vol à cette époque de l’année. Mais si les prix du kérosène restent à ces niveaux, il faudra encore un peu tailler chez les compagnies low-cost», souligne Dudley Shanley, analyste financier de la banque d’affaires Goodbody interrogé par l’AFP. La haute saison estivale est dans tous les esprits. «Hélas, il est probable que les vacances de beaucoup de gens seront touchées, soit par des annulations de vols, soit par des prix des billets très, très élevés», a prévenu fin avril le commissaire européen à l’Energie, Dan Jørgensen.
Lufthansa, SAS, Air Canada…
L’AFP détaille quelques-unes des autres annonces de suppressions de vols de ces dernières semaines. LUFTHANSA va biffer 20 000 vols d’ici à fin octobre, la compagnie canadienne Air Transat a baissé de 6% son programme entre mai et octobre; l’espagnole Volotea coupera de près de 1% de ses vols sur les six mois à venir. Du côté de The Independent, la (très longue) liste se poursuit, avec des poids lourds comme SAS, Air Canada et Cathay Pacific, mais aussi d’autres acteurs moins emblématiques en Asie, en Océanie, en Amérique et en Europe. De nombreuses compagnies ont également annoncé des hausses des prix des billets via des «surcharges carburant».
Signe supplémentaire de la fébrilité du secteur, au Royaume-Uni, le gouvernement a présenté ce dimanche un plan qui autorise les compagnies aériennes à supprimer des vols au minimum deux semaines à l’avance sans perdre leurs créneaux de décollage dans les grands aéroports. En temps normal, ces précieux créneaux doivent être utilisés à 80% pour pouvoir être conservés d’une année sur l’autre. Les autorités veulent ainsi donner plus de flexibilité aux transporteurs et réduire les risques d’annulation de dernière minute, rapporte la BBC.