
Dans un entretien publié ce mardi par plusieurs journaux européens, le président français évoque la «préférence européenne» et un emprunt commun pour financer des investissements massifs et éviter au Vieux Continent d’être «balayé»
Emmanuel Macron a invoqué la menace persistante que fait planer Donald Trump sur l’UE pour relancer les idées très françaises de «préférence européenne» et d'«eurobonds» pour financer des investissements massifs, faute de quoi le Vieux Continent risque selon lui d’être «balayé» de plusieurs secteurs économiques stratégiques. Dans un entretien publié mardi par plusieurs journaux européens dont Le Monde, The Economist et la Süddeutsche Zeitung, le président français appelle à une «révolution» continentale pour réduire la dépendance aux Etats-Unis et à la Chine, évoquant un «état d’urgence géopolitique et géo-économique».
Après ce qu’il appelle «le moment Groenland», il met en garde contre «une forme de lâche soulagement» des dirigeants des pays de l’Union européenne «au sortir du pic de la crise» avec le président américain. «Il y a les menaces et les intimidations. Et puis, d’un seul coup, Washington recule. Et on pense que c’est fini. Mais n’y croyez pas une seule seconde. Chaque jour, les menaces sur la pharmacie, le numérique…», dit-il. «Les Etats-Unis vont dans les prochains mois, c’est sûr, nous attaquer sur la régulation du numérique», ajoute-t-il aussi.
Selon lui, «quand il y a une agression caractérisée», «nous ne devons pas courber l’échine ou essayer de trouver un arrangement». «On a essayé cette stratégie pendant des mois, elle n’est pas payante. Mais surtout, elle conduit stratégiquement l’Europe à accroître sa dépendance», estime le chef de l’Etat, qui avait en partie incarné la résistance aux menaces américaines contre le Groenland, territoire autonome danois, dans son discours au forum économique de Davos en janvier.
1200 milliards par an
Emmanuel Macron entame mardi sur un site ARCELORMITTAL à Dunkerque une série de déplacements sur ses priorités économiques, avant d’aller mercredi à Anvers à un sommet sur l’industrie européenne avec le chancelier allemand Friedrich Merz et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, puis jeudi, toujours en Belgique, à une réunion informelle des dirigeants des Vingt-Sept sur le dossier clé de la compétitivité.
Dans son entretien, il détaille ses recettes. D’abord les plus consensuelles: «simplification» et «approfondissement du marché intérieur» de l’UE, «diversification» des partenariats commerciaux. Ensuite, pour «protéger notre industrie» sans «être protectionniste», une «préférence européenne» sur «certains secteurs stratégiques, comme les cleantechs, la chimie, l’acier, l’automobile ou la défense, sinon les Européens en seront balayés».
Face aux investissements massifs de la Chine et des Etats-Unis, le sort industriel des Européens pourrait ainsi être scellé en «3 à 5 ans», selon lui. Une proposition qu’il porte de longue date et sur laquelle la Commission européenne a fait lundi des propositions jugées satisfaisantes à Paris, même si cette idée ne fait pas encore l’unanimité.
Un sommet informel
Ces trois volets seront au menu du sommet informel de jeudi, qui pourrait déboucher sur un agenda législatif pour accélérer leur mise en œuvre. S’il n’y a pas d’accord à Vingt-Sept, la France est «prête à passer à des coopérations renforcées dans les mois qui viennent» avec les Etats volontaires, a fait savoir l’entourage du président.
A ces priorités, Emmanuel Macron ajoute un cheval de bataille français, l’endettement commun européen, jusqu’ici toujours repoussé par d’autres pays, dont l’Allemagne, à de très rares exceptions près, comme lorsqu’il a fallu combattre le Covid-19 ou, plus récemment, financer l’aide à l’Ukraine. Le président français évalue les besoins d’investissements publics et privés dans l’UE à «quelque 1200 milliards d’euros par an» en additionnant les nécessités dans «les technologies vertes et numériques» et «la défense et la sécurité».
«C’est le moment de lancer une capacité commune d’endettement pour ces dépenses d’avenir, des eurobonds d’avenir», martèle le président français dans cet entretien publié aussi par le Financial Times ou El Pais. Il assure que «les marchés demandent des actifs sûrs et liquides», et donc «de la dette européenne», mais restent sur le leur faim faute d’offre en la matière.