
REVUE DE PRESSE. La grande ville de la côte ouest connaît une frénésie immobilière sans précédent, poussée par l’afflux de richesses des entreprises de l’intelligence artificielle. Certains biens s’arrachent un million de dollars de plus que le prix demandé. Les médias américains racontent cette «hystérie»
A San Francisco, centre névralgique de la tech, l’essor fulgurant des entreprises de l’intelligence artificielle vient bousculer comme jamais un marché immobilier qui avait déjà connu des envolées au cours des dernières décennies. Alors que les géants OpenAI et Anthropic, qui y sont basées, préparent leur entrée en bourse, un vent de folie souffle sur les ventes de biens résidentiels.
Selon le New York Times, c’est «l’hystérie»: les vendeurs exigent d’être payés en actions avant ces IPO hyper attendues; les acheteurs, souvent des personnes jeunes ayant fait fortune très rapidement, parient sur le fait que les maisons qu’ils paient trop cher aujourd’hui leur paraîtront bon marché demain; les propriétaires expulsent leurs locataires pour vendre et profiter de l’effervescence.
«Prendre une longueur d’avance»
«Ces manœuvres visent à prendre une longueur d’avance sur la vague de richesse qui devrait déferler» prochainement, explique le quotidien new-yorkais. Les introductions en bourse d’OpenAI et Anthropic, ajoutées à celle de SpaceX récemment, pourraient créer plus de 16 000 nouveaux millionnaires et plus de 20 milliardaires.
Preuve de cette «folie», plusieurs médias rapportent que près de 150 propriétés sont parties pour un prix supérieur d’au moins un million de dollars à celui demandé initialement depuis le début de l’année (contre 8 sur la même période l’an dernier), dont 44 rien qu’au mois de juin. Les prix des maisons individuelles ont par ailleurs augmenté en moyenne de 17% d’une année sur l’autre, tandis que l’offre a chuté d’environ 45%.
«L’essor de l’IA à San Francisco pousse les acquéreurs à dépenser des sommes sans précédent» et provoque une flambée des loyers, constate également le Guardian, qui cite une spécialiste qualifiant la situation de «complètement dingue». L'édition américaine du média britannique rappelle que la tendance contraste avec celle des dernières années où un ralentissement avait été enregistré, dû notamment aux départs de nombreux employés de la tech ayant adopté le télétravail – impulsés sous l'épidémie de Covid.
Effet boule de neige
Sans surprise, c’est surtout dans les quartiers huppés que cette «guerre des enchères» pousse les prix vers de nouveaux sommets, rapporte le San Francisco Chronicle. Mais dans une ville marquée par une pénurie chronique de logements, les effets risquent de ne pas rester bien longtemps cantonnés aux biens les plus luxueux. Une partie de cette demande pourrait se répercuter sur les logements d’autres gammes, rendant la recherche d’options abordables encore plus difficile pour tout le monde, «même les ménages à revenus moyens supérieurs, déjà confrontés à des taux hypothécaires élevés et à un marché de l’emploi instable».
«Aucune grande ville n’a connu une hausse aussi rapide des prix au cours de l’année écoulée, et l’agglomération de San Francisco a ainsi reconquis son titre de marché immobilier le plus cher du pays», noteBusiness Insider. Et dans ce qui est «devenu le cœur incontesté de la révolution de l’IA», ce n’est pas fini, estime le média économique. Les futurs millionnaires et milliardaires des IPO qui se profilent «s’apprêtent à provoquer de nouveaux bouleversements dans les mois à venir».