
Compenswiss qui gère les fonds de l’AVS/APG/AI a dégagé un rendement de 6,34% l’an dernier. Pas assez pour servir les besoins accrus pour la 13e rente AVS et des dépenses invalidité, avertissent ses dirigeants
Ces dernières années, Compenswiss, qui gère les fonds de l’AVS/AI/APG, a surtout fait parler d’elle pour avoir changé de dépositaire au nez et à la barbe d’UBS. Le choix d’un prestataire allemand en mains américaines a fait couler beaucoup d’encre et a divisé le parlement, lequel a finalement décidé en mars 2025 de ne pas intervenir.
Le sujet n’était toutefois pas à l’ordre du jour de la conférence de presse organisée à Berne ce mardi. Tout au plus, les dirigeants de l’organisation basée à Genève ont-ils relevé en livrant les résultats annuels du fonds que les frais de gestion ont baissé pour passer à 0,17%, soit une légère baisse par rapport au 0,18% de 2024. Un taux au plus bas depuis 2021 et surtout très loin des près de 0,3% observés en 2007.
Chiffre très attendu alors que les assurances sociales font face à de grands défis, les placements ont eux généré un rendement de 6,34%, faisant passer la fortune gérée de 46,1 milliards de francs à 50,6 milliards de francs au 31 décembre 2025 (comptes non révisés). Les actions, les métaux précieux et la protection contre les effets de change ont largement contribué à cette performance au-dessus de la performance annualisée sur 10 ans, établie à 3,12%.
Réserve constituée pour la 13e rente AVS
Le résultat aurait toutefois pu être encore meilleur, ont relevé les dirigeants de Compenswiss, s’ils n’avaient pas dû créer une réserve de 2 milliards de francs en vue du premier versement de la 13e rente AVS acceptée par le souverain populaire en mars 2024. Selon leurs estimations, l’opération a créé un manque à gagner de 60 millions. Dans ce dossier, «le temps est notre ennemi», a donc averti Manuel Leuthold, président du conseil d’administration de Compenswiss. Il en ira en effet ainsi jusqu’à ce qu’un autre mécanisme de financement soit trouvé, un sujet autour duquel les parlementaires se déchirent. Le National a validé en septembre une hausse temporaire de la TVA qui permettrait d'éponger les coûts. Le Conseil des Etats doit se prononcer en mars. Inutile en tout cas de miser sur les rendements qui sont insuffisants pour régler cette question, prévient Compenswiss qui devra céder des actifs dès 2027 si aucune mesure de financement n’est trouvée d’ici là.
Les inquiétudes ne se concentrent toutefois pas uniquement sur l’assurance-vieillesse et Survivants. L’explosion des rentes invalidité place cette assurance qui doit déjà 10,2 milliards à l’AVS dans une situation très délicate. A tel point que pour ce fonds, des ventes d’actifs ont déjà été entreprises depuis le mois de janvier. Une situation qui n’est pas sans précédent: une telle mesure avait déjà dû être prise pour financier l’AVS, avant que des réformes soient entreprises pour rétablir la situation.
Le Parlement devra aussi à terme se pencher sur la réforme de l'AI lancée par le Conseil fédéral la semaine dernière. Le projet vise à freiner la hausse des nouvelles rentes et ainsi réduire les coûts. entre hausse de la TVA, des cotisations salariales ou solution mixte. Très attendus, les résultats des assurances sociales concernées qui englobent les rentes versées et les contributions des cotisants seront eux publiés en avril.