Le passage d'Infomaniak sous le contrôle d'une fondation d'utilité publique donne une nouvelle dimension à l'entreprise genevoise en inscrivant ses principes dans le marbre. Une preuve que le continent européen peut être maître de son avenir technologique
L'entreprise genevoise Infomaniak est désormais contrôlée par une fondation d'utilité publique. Ce changement de propriétaire doit garantir sur la durée l'indépendance de cette société spécialisée dans l'informatique à la demande (cloud). Infomaniak devra aussi respecter un certain nombre d'engagements éthiques, participant ainsi à redistribuer une partie de la valeur générée par son activité.
Certains seront peut-être tentés de voir dans la démarche une opération de communication. OpenAI pourrait en effet servir de contre-exemple. L'éditeur de ChatGPT était à l'origine structuré sous la forme d'une fondation, comme l'a rappelé le procès intenté par Elon Musk contre Sam Altman. Ce dernier a patiemment dévoyé la mission originelle d'OpenAI. Oui mais voilà, comparaison n'est pas (toujours) raison.
Le cas d'Infomaniak est différent. La fondation du même nom a un statut juridique distinct de celui d'OpenAI aux Etats-Unis. Les actions en sa possession, qui lui garantissent une confortable majorité des droits de vote, ne pourront jamais être cédées, et les principes qui régissent sa conduite ne pourront pas être affaiblis. Jusqu'ici, Infomaniak était une entreprise parmi d'autres. Choisir ses services plutôt que ceux de GOOGLE ou de MICROSOFT, c'était quand même dépendre d'une société qui pouvait changer de main du jour au lendemain.
Réunir les acteurs
Ce risque est désormais écarté. L'entreprise genevoise va pouvoir accueillir des investisseurs intéressés par son modèle et par son potentiel de croissance, sans mettre en péril ses engagements en faveur de l'environnement, de la souveraineté numérique, de la vie privée ou de l'emploi local. La capacité d'influence de ces nouveaux capitaux sera strictement encadrée par ce montage juridique inédit pour un acteur du cloud.
Le cofondateur d'Infomaniak Boris Siegenthaler rêve de faire de son entreprise une alternative aux géants américains et chinois du numérique, sans pour autant répliquer le modèle qui a fait leur succès. L'entreprise genevoise n'a pas de velléité monopolistique. La fondation est là pour s'en assurer. A l'heure où le continent européen est bousculé en profondeur par le changement de ton des Etats-Unis à son égard, le besoin de reprendre en main son avenir technologique se fait sentir comme jamais.
Il est grand temps de mettre les acteurs européens autour de la table pour construire un contre-modèle qui respecte les valeurs sur lesquelles l'Europe s'est construite. Infomaniak propose ici un chemin qui a le mérite d'être audacieux.