
S’ils se montrent prudents au sujet de leurs futures rentes, les moins de 40 ans s’intéressent aux solutions qui permettent de compléter les prestations de l’AVS ou de la LPP, comme les rachats effectués dans le 2e pilier ou les versements volontaires dans le 3e pilier
Etre jeune et s’intéresser à la prévoyance, une contradiction? Alors que cette thématique sera à nouveau placée au centre des débats l’automne prochain en raison du référendum sur la réforme de la prévoyance professionnelle (réforme LPP) soumis au vote en septembre, cette votation est aussi l’occasion de se pencher sur les questions liées à une future retraite qui peut sembler être encore bien éloignée pour des personnes nées au tournant du millénaire. Et également de s’interroger sur ce qu’il est possible de faire pour améliorer sa future retraite lorsque l’on est âgé de moins de 40 ans.
Rachats dans le 2e pilier: mieux vaut commencer tôt
Parmi les solutions qui s’offrent aux assurés, la prévoyance du 2e pilier permet aux caisses de pension de proposer à leurs assurés d’effectuer des rachats pour combler d’éventuelles lacunes de cotisation. Dans ce cas, les employés ont la possibilité d’effectuer des versements supplémentaires dans le 2e pilier. Typiquement, de telles insuffisances de cotisations peuvent survenir à la suite d’une longue période de formation, d’un congé parental, de séjours à l’étranger prolongés ou à la suite d’une réduction de son taux d’activité pendant une certaine durée. «Plus on commence tôt à utiliser les possibilités qui existent pour renforcer son 2e pilier, mieux cela vaut», résume un expert en prévoyance du Groupe Mutuel. «Beaucoup de gens qui sont au début de leur carrière professionnelle pensent que les solutions qui permettent d’améliorer leur prévoyance ne les concernent pas, c’est une erreur», estime-t-il. Et de citer l’exemple suivant: une personne qui commence à percevoir un salaire de 100 000 francs à l’âge de 30 ans mais qui n’avait auparavant pratiquement rien gagné, par exemple en raison de longues études, a la possibilité de combler d’éventuelles lacunes de cotisation pour la période allant de 25 à 30 ans durant laquelle il n’a perçu qu’une faible rémunération. Sur le plan fiscal, cette personne a tout intérêt à tirer parti de cette possibilité car cela va contribuer à réduire son revenu imposable. En effectuant un rachat à hauteur de 10 000 francs, elle ramène son revenu imposable initial de 100 000 francs à 90 000 francs. Son salaire initial de 100 000 francs aurait été imposé à un taux de 30%. Si l’on tient compte du fait que ces 10 000 francs d’écart auraient été normalement imposés à hauteur de 30%, cela représente une économie d’impôts de 3000 francs dans l’exemple présent. Or, quand la même personne percevra ultérieurement son argent du 2e pilier, le montant retiré ne sera imposé qu’à hauteur de 10% environ. Cela représente donc une économie d’impôts de 20%. Autre avantage: pour toutes les cotisations versées dans le 2e pilier, il y a une participation égale de l’employé et de l’employeur, ce qui n’est pas le cas avec la prévoyance libre du 3e pilier.
> **Plus on commence tôt à utiliser les possibilités qui existent pour renforcer son 2e pilier, mieux cela vaut**
### 3e pilier: tirer parti des économies d’impôts
En plus des cotisations obligatoires versées dans le cadre du premier pilier (assurance-vieillesse et survivants, AVS) et du 2e pilier (loi sur la prévoyance professionnelle, LPP) via sa caisse de pension, chaque personne salariée a la possibilité de verser jusqu’à 7056 francs au maximum par année (situation de 2024) dans le cadre de la prévoyance liée du 3e pilier. Alors que les deux premiers piliers, l’AVS et la LPP, constituent la prévoyance obligatoire, le 3e pilier est, lui, facultatif. En ce qui concerne la prévoyance liée du 3e pilier, on retrouve en partie les arguments déjà évoqués pour encourager les personnes à investir dans le 2e pilier. Il y a, premièrement, le fait de compléter ses revenus en vue de sa retraite, tout en se réservant la possibilité de pouvoir utiliser les avoirs versés dans le pilier 3a pour financer l’achat d’un logement. Deuxièmement, les économies d’impôts obtenues grâce à la déduction des montants versés dans le pilier 3a permettent de réduire son revenu imposable. Troisième argument: si l’on commence tôt à épargner, il est d’autant plus possible de profiter de l’effet des intérêts composés (les intérêts des intérêts) qui s’accumulent sur la durée. S’y ajoute aussi la possibilité de tirer parti de l’évolution positive des marchés financiers si l’on choisit d’allouer une partie de son épargne du 3e pilier dans des fonds de placement.
### Les jeunes sont les plus prudents au sujet des futures rentes
N’est-il toutefois pas vain de penser que des personnes âgées de moins de 35 ans se préoccupent de questions qui ne les affecteront directement que dans une trentaine d’années? Différentes enquêtes réalisées au sujet de la prévoyance fournissent une image nuancée à ce sujet. D’une part, les plus jeunes sont aussi les personnes qui se montrent les plus pessimistes au sujet des futures rentes qu’elles pourraient percevoir lorsqu’elles auront atteint l’âge de la retraite, ce qui montre que le sujet ne les laisse pas indifférentes. Comme l’indiquait un sondage réalisé par l’institut M.I.S. Trend publié en septembre 2023 dans _Le Temps_ _(LIEN: [https://www.letemps.ch/economie/sondage-comment-les-suisses-gerent-ils-l-avenir-de-leur-retraite](https://www.letemps.ch/economie/sondage-comment-les-suisses-gerent-ils-l-avenir-de-leur-retraite))_, les plus jeunes doutent le plus de parvenir à maintenir leur niveau de vie une fois qu’ils auront atteint l’âge de la retraite. Parmi les 15 à 29 ans, seuls 18% des sondés indiquent qu’ils pensent pouvoir maintenir leur niveau de vie après leur retraite, comparé à 31% chez les 30 à 44 ans et 29% chez les 45 à 65 ans. Une tendance similaire ressortait d’une enquête publiée un an plus tôt par
AXA Investment Managers en 2022 qui portait sur les connaissances des Suisses au sujet de la prévoyance. A la question de savoir quel pourcentage de leur dernier salaire les personnes interrogées allaient toucher au total grâce à leur rente AVS et celle de leur caisse de pension, les 18 à 39 ans estimaient cette proportion à seulement 48,1%, comparé à 55,1% pour les 40 à 64 ans et à 57% pour les plus de 65 ans. Ensemble, l’AVS et la LPP devraient, en théorie, permettre aux personnes employées de percevoir environ 60% de leur dernier salaire. En parallèle, les sondés les plus jeunes se montrent disposés à mettre la main au porte-monnaie afin d’améliorer leur prévoyance. A la question: «Versez-vous des montants supplémentaires à l’AVS et/ou à la caisse de pension en vue de votre retraite?», 64% des personnes interrogées âgées entre 18 et 39 ans ont répondu par l’affirmative, soit presque autant que chez les 40 à 64 ans (65%). Parmi les personnes qui ont répondu oui à cette question, celles-ci ont en premier lieu versé de l’argent sur un 3e pilier (76%). Chez ces dernières, il est intéressant d’observer que cette forme d’épargne est légèrement plus prisée par les 18 à 39 ans (81%) que par les 40 à 64 ans (79%).
### Utiliser des canaux de communication adaptés
Si les jeunes n’apparaissent pas indifférents aux questions en lien avec la prévoyance, il est toutefois nécessaire d’utiliser des moyens de communication adéquats pour éveiller leur intérêt. «Le fait d’être présent sur les réseaux sociaux nous a amené beaucoup de nouveaux clients», souligne l’expert des questions de prévoyance auprès du Groupe Mutuel. Autre piste évoquée: pratiquer une politique de communication proactive auprès du personnel à ce sujet, et cela pas seulement pour les employés qui s’approchent de l’âge de la retraite. «Il faut que les ressources humaines fournissent plus tôt des informations, adaptées à chaque catégorie d’âge», conseille-t-il.
### Les moins de 40 ans consultent peu leur certificat LPP
Le niveau de compréhension de la documentation mise à disposition par les institutions de prévoyance reste limité – pour autant que celle-ci soit consultée. Moins d’un tiers (31%) des personnes interrogées âgées entre 18 et 39 ans admettent avoir «lu attentivement» leur attestation d’assurance ou leur certificat de rente, alors que cela a été le cas pour la moitié des 40 à 64 ans. Chez les 65 ans et plus, cette proportion est plus élevée (57%), indique l’étude d’AXA IM sur les connaissances des Suisses en matière de prévoyance. Quant à la compréhension de l’attestation d’assurance ou du certificat de rente, seuls 9% des 18 à 39 ans qualifient ces documents de «très compréhensibles» comparé à 18% chez les 40 à 64 ans et à 26% chez les plus de 65 ans. Quelle que soit l’issue de réforme de la prévoyance professionnelle soumise au vote en septembre, les questions liées aux adaptations nécessaires de la LPP pour faire face aux changements démographiques et d’habitude sur le plan professionnel ne manqueront pas de revenir sur le devant de l’actualité au niveau politique. Pour Brahim Hoxha, responsable Wealth Solutions chez Gonet & Cie SA: «Sur le plan individuel, les possibilités d’amélioration qui existent dans les 2e et 3e piliers peuvent aussi être mises à profit par chacun pour améliorer sa prévoyance dans une perspective de long terme tout en bénéficiant déjà d’avantages fiscaux dans l’immédiat.»